Endettement
public et idées préconçues.
La collectivité
a perdu son droit de création monétaire au profit des banques
Si la collectivité n'avait pas perdu son droit de création monétaire,
le déficit public cumulé ( 1 065,7 milliards - dont 830 milliards pour la dette
de l'Etat -, soit 65,6 % du PIB) serait évidement toujours ce qu'il est, mais
les intérets qui représentent une charge d'environ 40 milliards par an n'auraient
pas à être payés par la collectivité.
Ceci dit,
la notion de déficit public (son niveau, et la nécessité de sa réduction) est
totalement vide de sens.
Le pacte de stabilité qui limite les déficits publics s'appuie sur
trois idées préconçues très discutables:
- Première idée préconçue: l'endettement public est une mauvaise
chose.
La dépense publique est financée par l'impôt, mais aussi par la dette.
Nous pouvons trouver une similitude dans l'exemple d'un individu
qui dispose d'un patrimoine de 100000 euros et décide d'acheter une voiture
de 10000 euros
Il a trois possibilités pour disposer de
cette voiture:
- première solution, l'achat au comptant.
Il lui reste alors 90000, qu'il pourra placer et en retirer un intérêt, disons
qu'il est de 10% : au bout d'un an, sa fortune est de 99000 euros.
- seconde solution, l'achat à crédit d'un an : pendant un an, l'individu
a détenu 100000 euros, qui lui ont rapporté des intérêts : il se retrouve donc
avec 110000 euros à la fin de l'année. Il doit payer sa dette et les intérêts
de celle-ci, soit 10000 (1 + 10%) = 11000; il lui reste donc 110000 - 11000
= 99000 euros.
- troisième solution, l'emprunt perpétuel : avec les intérêts sur les
100000 euros, il détient toujours 110000
euros au bout d'un an, d'où il déduit 1000 euros d'intérêts. Mais il s'est désormais
engagé à payer chaque année 1000 euros : pour cela, il doit geler 10000 euros,
ne pas les consommer, pour pouvoir indéfiniment payer les intérêts de sa dette.
Lui reste donc 110000 - 1000 - 10000 = 99000 euros.
Cet exemple montre qu'il n'y a pas de raison de se préoccuper
de la façon dont il finance l'achat de son véhicule. En remplaçant l'individu
par l'ensemble des contribuables ce modèle devient encore plus réaliste car
si un individu meurt un jour, la population et l'Etat durent "éternellement".
D'autre part, si pour un particulier il y a une différence entre le taux auquel
il peut prêter, plus faible que le taux auquel il peut emprunter, dans le cas de
l'Etat et des contribuables ce problème n'existe pas : le coût de la dette publique
est exactement égal à ce qu'elle peut rapporter à un individu qui achète des
obligations d'Etat.
- Seconde idée préconçue
: il est important de ne pas dépasser le chiffre de 3% du PIB .
Le déficit, rappelons-le, est la somme de consommation
de ressources par le gouvernement, de transferts, et d'intérêts de la dette,
d'où l'on déduit les recettes publiques (dont les prélèvements obligatoires).
Pour l'économie d'un pays, cette addition n'a aucun sens. En effet :
- les intérêts de la dette ne constituent pas, pour l'essentiel, une charge
pour la population. Pour la population, la dette n'en est pas une puisque
si elle n'existait pas, il faudrait leur prélever des revenus sous forme d'impôts.
Cette économie réalisée par les contribuables constitue une forme d'épargne,
car c'est comme si nous n'avions pas eu à réaliser un montant de dépense égal
à l'endettement public. Les intérêts de la dette sont donc compensés par les
intérêts que rapportent ces revenus que les contribuables n'ont pas eu à débourser.
De la même façon, lorsqu'on affirme que chaque français doit supporter une dette
publique de 15 000 euros, on oublie de dire que cette dette est d'ores et déjà
compensée et on oublie aussi de dire qu'une partie (58%) de cette dette est détenue
par les ménages français (il s'agit donc d'un simple transfert), et que l'autre
partie (42%) détenue par des non résidents ne fait que réduire le
montant "réel" que la France doit (si tant est que cela aie un sens,
et cela n'en a aucun) : si toute la dette était détenue par des résidents, il
serait possible de dire que les français ne doivent absolument rien.
- les produits s'échangent contre des produits, la
dépense publique n'est qu'un voile : une dépense publique consistant à consommer
des ressources réelles constitue une charge pour la population : ce sont autant
de facteurs de production qui auraient pu être utilisés autrement (ajoutons
que la valeur réelle de la production publique issue de cette consommation de
ressource n'est pas non plus prise en compte); par contre, un prélèvement (comme
par exemple le versement d'une pension de retraite à un fonctionnaire) ne réduit
pas la quantité de produits disponibles pour la population dans son ensemble.
- les dettes sous-jacentes ne sont pas comptées.
- L'inflation réduit la dette publique
- Troisième idée préconçue : le déficit public
est un fardeau pour la population
-
les générations futures seront criblées de dettes !
Les générations futures hériteront peut-être de notre endettement; mais elles
hériteront aussi du patrimoine constitué avec notre épargne accumulée et avec
les dépenses publiques. D'autre part, les générations futures seront plus riches
que nous. Le déficit constitue un moyen de redistribution particulièrement juste:
des riches (les français de demain) vers les pauvres (les français d'aujourd'hui).
Les taux
d'intérêt en Europe sont déterminés par d'autres variables. La raison en est
simple : l'endettement public est en même temps un prêt aux contribuables, qui
bénéficient de la dépense publique sans avoir à la payer sous forme d'impôts
immédiatement. En s'endettant, le gouvernement emprunte à Paul, et lui accorde
un prêt du même montant. Cette opération peut être menée indéfiniment sans effet
sur les taux d'intérêt.
Ces
élements ne sont que rarement pris en compte, et les fausses idées sur le déficit
survivent, pour deux raisons principales:
- une fausse analogie : un gouvernement, un pays, ne fonctionnent
pas comme un ménage ou une entreprise. Une entreprise, un ménage, qui s'endette,
le fait auprès d'un tiers; mais le gouvernement n'est pas séparé de la population
de cette façon. Il y a beaucoup d'irrationnel dans
la perspective sur le déficit. Bien sur, il ne faut peut être pas aller aussi
loin que les Etats Unis dont le double déficit (des payements
+ budgétaire) est de 812 Md$ de déficits en 2003, soit environ 8% du PNB (10401
Md$). Pour comparaison, en France, ce double déficit c'est # 3,5% et tout le
monde lève les bras au ciel !
- on occulte ainsi les autres débats beaucoup plus nécessaires: La dépense publique est-elle utile, efficace, juste? La dépense publique correspond-elle à des besoins réels? La dépense publique permet-elle d'augmenter la "valeur du pays" et de créer des emplois? Le système fiscal est-il juste? La redistribution fonctionne-t-elle de façon satisfaisante? Ne faudrait-il pas d'abord réduire certains gaspillage?