V - L’ORGANISATION DES AUTRES
La plupart des animaux
savent s'organiser eux-mêmes
Impulsion irrésistible de l’humain:
-
vouloir “organiser” les autres
- -> société, environnement
- vouloir
améliorer” le monde
Vouloir rapprocher le monde de l'image du monde que
chaque individu façonne pour lui-même
Se changer soi-même ou changer le
monde, donc le “conquérir”… Est-ce inévitable?
1. Une axiomatique des
liaisons entre personnes et objets
Société et environnement sont une
même entité
- “les autres” sont un ensemble différent pour chacun
- cet
ensemble possède un mécanisme
L'utopie non paternaliste
- vaut pour
les ensembles petits et organisés
- si un système s'accroît
- -> il
doit s'organiser
- -> ou se désintégrer pour former des sous-ensembles
Ces organisations, utopiques et réalisables, sont le sujet de ce
chapitre.
Liaisons entre personnes et objets
- 1. un objet
n'appartient à un environnement que s'il fixe l'attention d'un individu
- 2.
un objet nécessaire à la survie d'un individu fixe son attention
- 3. cette
attention se fixe également sur les liens existants entre cet objet et les
autres personnes ou objets
Corollaires:
- a. l'environnement peut
être différent pour des individus différents en fonction de leur faculté
d'attention
- b. l'opération génératrice des liens et de la construction du
langage est donc l'attention
- c. la survie, sans cette attention, n'est pas
possible
- d. la différence entre individus et objets est une différence
d'attention
- e. les limites d'attention comportent des seuils différents
selon les individus ou les objets
Essentiel des chapitres précédents:
- 1. l'attention est fixée par une situation insatisfaisante
- 2. il est
nécessaire de changer cette situation pour survivre
- 3. l'attention est
fixée sur les liens entre cette situation et les autres
2. Une
axiomatique de l'organisation
Le mécanisme mixte individus et objets
comporte trois types de relations
- entre personnes et personnes
- entre
personnes et objets
- entre objets et objets
Les deux premiers types
concernent cette relation fondamentale
- la propriété
La propriété,
au sens général, n'est qu'une fiction
- je sais qu'un objet est ma propriété
- cet objet, lui, ne le sait pas
La propriété se réduit
- à une
relation passive personne-objet
- à une relation de convention
personne-personne
- ne concernant que l'utilisation de l'objet
- 1.
Un individu ne peut faire autre chose avec un objet que de l'utiliser
- 2.
l'utilisation d'un objet implique le consentement des autres
- 3. le
consentement et l'utilisation sont transférables d'un individu à l'autre
1. Un individu peut utiliser un objet
- a. en exclusivité
- b.
simultanément avec d'autres
2. Le consentement permettant cette
utilisation
- a. requiert l'attention des autres
- b. échappe à
l'attention des autres
3. Le droit d'utilisation d'un objet est
transférable
- a. avec le consentement des autres
- b. sans le
consentement des autres
Toutes les organisations de
la propriété représentent une réponse, consacrée par l'habitude, à certaines
conséquences du problème de l'accès propre à la variété actuelle de l'espèce
humaine.
3. Une théorie de “stockage-réglage”: aspects de
l'utilisation
La plus grande partie de la propriété de chaque
individu
- est représentée par des objets (souliers, chambres à coucher,
etc.)
- est réservée à son usage exclusif
- est rarement utilisée
vingt-quatre heures sur vingt-quatre
Pendant leur non-utilisation par
leur propriétaire
- les objets sont stockés
- personne ne peut les
utiliser
L'utilisation n'occupe qu'une infime fraction de la durée
d'existence
- -> ce qui représente un gaspillage
- les objets
occupent une place de stockage
- -> autre gaspillage
Autre
manière de poser le problème
- -> un homme n'occupe jamais un volume de
plus de quelques 40 m3
- pour un million d'habitants
- -> ce volume
réellement utilisé correspond à 2 km x 2 km x 10 m
- donc à Paris
-
-> dix-huit arrondissements sur vingt
- -> ne servent qu'au stockage
Objets à la disposition de tous
- le métro, le réseau d'électricité
- ils n'ont pas la capacité de servir tous les individus simultanément
-
pour éviter le désordre
- un système de réglage
- -> enregistrant les
priorités est nécessaire
Ces deux organisations sont proches
- elles
concernent l'attente
Dans le cas du stockage
- c'est l'objet qui
attend
Dans le cas du réglage
- c'est la personne qui attend
Ce qui rend ces systèmes coûteux est l'infrastructure du stockage ou du
réglage
- le prix d'une armoire est souvent plus élevé que celui de tout ce
qu'elle contient
D'autres objets ne sont pas soumis au stockage ou au
réglage
- ce sont les moyens de subsistance élémentaire
- ->
économiquement les plus faciles à obtenir
cas I - Dans le cas du
“stockage”
- 1. l'objet est réservé à un seul individu
- 2. cet usage
exclusif est consenti par les autres
- 3. l'objet est transférable sans
consentement
cas II - Dans le cas du “réglage”
- 1. l'objet est
utilisable, simultanément ou à tour de rôle, par plusieurs personnes
- 2.
cet usage est accepté par les autres
- 3. le droit d'usage est transférable
avec consentement
cas III - autre cas
- 1. l'usage de l'objet est
réservé à un seul individu
- 2. cet usage ne nécessite pas de consentement
des autres
- 3. mais ce consentement est nécessaire pour le transfert
Ce cas pourra représenter
- la propriété de notre propre corps
-
de notre propre capacité de travail
Une personne ne peut se louer (louer
son travail)
- donc transférer cette propriété (son travail)
- qu'avec
le consentement des autres
- mais la nécessité de ce consentement n'entraîne
pas une contestation de cette propriété
cas IV:
- 1. l'objet est
réservé à un seul individu
- 2. le consentement est nécessaire
- 3.
l'objet est transférable avec consentement
- Ce cas représente tout système
de privilège de type héréditaire: noblesse, nom, etc.
cas V:
- 1.
l'objet appartient à une seule personne
- 2. sans nécessité de consentement
des autres
- 3. il est transférable sans consentement des autres
Ce
cas concerne toute propriété immatérielle (software)
- connaissances,
informations, etc.
- obtenue et distribuée sans avoir à demander le
consentement des autres.
Cas VI.
- 1. l'objet est utilisé par
plusieurs personnes
- 2. un consentement n'est pas nécessaire pour avoir
l'objet
- 3. cet objet n'est transférable qu'avec le consentement des autres
Il s'agit d'un droit de jouissance
- assister à un spectacle, à une
réunion
- lié à une invitation particulière
Cas VII :
- 1.
l'objet est utilisé par plusieurs personnes
- 2. un consentement est
nécessaire pouvoir l'utiliser
- 3. l'utilisation de l'objet est transférable
sans le consentement des autres
Ce cas correspond à l'utilisation d'une
infrastructure
- réseau routier, réseau de distribution d'eau, électricité,
etc.
Enfin, le cas VIII :
1. l'objet est utilisable simultanément
par plusieurs personnes
2. l'utilisation n'implique pas le consentement des
autres
3. le transfert n'implique pas le consentement des autres
Ce
cas est tout simplement le cas de notre biosphère
- la surface de la terre,
la mer, l'air à respirer
- but de toute utopie idyllique de retour à la
nature
- de toute utopie d'abondance, produite par une technologie
-
utopies nobles par excellence
- impliquent toutes un système de réglage
poussé jusqu'à ce degré extrême
4. Conclusions sur la théorie de
“stockage-réglage”
La première constatation est que tous ces
systèmes sont réalisables
- toutes ces possibilités existent déjà
partiellement
- chaque société ou environnement en contient parallèlement
plusieurs
- qui ne sont jamais suffisamment raccordés
Une société ou
un environnement ne peuvent comprendre qu'un seul de ces systèmes de propriété
Conformément au modèle non paternaliste
- les membres d'une société
doivent savoir à laquelle de ces huit organisations ils ont affaire
- le
passage d'une organisation à une autre est toujours possible avec un simple
accord ou consentement
- à chacun de remodeler société ou environnement dans
le sens de l'une ou l'autre de ces organisations
- cette remarque contredit
beaucoup de théories politiques ou pseudo-politiques
Éviter tout
jugement de valeur à propos des organisations de la liste
- évaluer le coût
de la transformation d'une organisation en une autre
Cette liste des
organisations possibles des relations personnes-objets est exhaustive
-
résulte du seul examen de la modalité d'utilisation des objets
L’erreur
est une réification de cette utilisation
- Propriété, avec un P majuscule
- Objet, avec un O majuscule
remplacent l'idée de modalité d'utilisation
de cet objet
La théorie du “stockage-réglage”: quelques autres aspects
Cette théorie du stockage-réglage comporte encore d'autres aspects
-
le gaspillage de l'espace
- les pertes de temps
Neuf dixièmes de la
surface de la ville servent uniquement au stockage
- le système de réglage,
moins encombrant, nécessite de l’espace
- stockage des objets qui sont à la
disposition de tous
- très grande perte de temps d'attente, lié au problème
de l'accès
Dans un système de réglage bien organisé
- l'encombrement
des objets peut être réduit
Encombrement de la surface terrestre mais
aussi dans le temps de la durée de la vie.
Une grande partie des utopies
a pour but
- augmenter la durée de vie humaine
- augmenter l'efficacité
d'utilisation de cette durée
- -> grâce à des inventions technologiques,
comme l'avion, la voiture, le téléphone, etc.
Comparer
- un vol de
45 minutes
- demande environ 4 heures
- attentes émiettées inutilisables
- parcours en train
- durée 6 heures
- pas été émietté
-
possibilité de lire, écrire, dormir, etc.
Aspect des systèmes de
stockage et de réglage
- l'utilisation du temps
- les organisations
de stockage émiettent le temps
- les organisations fondées sur le réglage
--> comportent plus d'attente, mais celle-ci est utilisable.
Selon le modèle de l'utopie non paternaliste
- signaler les
propriétés des organisations principales
- en référence aux capacités
préétablies et immuables
- -> de la surface terrestre
- -> de la
durée de la vie humaine
VI - LA SOCIÉTÉ SANS COMPÉTITION
Vouloir organiser les
“autres”
- c'est vouloir être supérieur
- devenir le-plus-fort, par la
lutte ou par la compétition
Est-il possible de réglementer la
compétition ou de réduire la nécessité de la concurrence?
1. La
“lutte pour la vie” est-elle indispensable?
Deux chiens en présence
d'un os se battent
- le vainqueur emporte l'os
Deux chiens et deux
os
- les chiens se battent
- le plus fort prend les deux os
Alternative possible
- chaque chien prend un os, sans combat
Deux chiens et deux cents os
- bataille pour la préséance
-
lequel sera le premier à avoir droit au festin?
- soit l'abondance des
moyens de survie
- soit la réduction de l'ensemble d'individus
- peuvent
mener à un équilibre
- la manipulation de cet équilibre importe pour la
survie d'un ensemble d'individus
Quatre schémas possibles:
- a.
abondance naturelle, donc équilibre.
- b. abondance naturelle et provocation
d'une rareté artificielle, outil de puissance.
- c. rareté naturelle et
lutte pour la vie: réduction du nombre des individus.
- d. rareté naturelle
et réponse technologique qui augmente la quantité de la denrée
On ne
peut éviter la lutte que si les moyens d'utiliser la technologie sont connus de
tous et appartiennent à tous.
2. La lutte pour la
domination, la préséance.
La rareté, artificielle ou naturelle
-
génératrice d'inégalité
- outil pour conquérir la puissance
L'équilibre naturel
- seule organisation ou non-organisation
égalitaire
- sujet à la lutte pour la préséance
La rareté fictive
par invention d'une distinction
- rare par définition
- résulte d'un
consentement tacite
- est un des pires fléaux de l'humanité
Exemple
- les timbres rares, objets inutilisables
L'abondance inattendue
- enlève toute valeur à cette chose rare
- -> car elle n’est pas
nécessaire à la survie
La rareté fictive concerne la situation sociale
élevée
- par définition, rare, désirable
- outil de puissance qui
introduit la compétition
- obstacle tenace à la réalisation des utopies
sociales égalitaires
La société de non-compétition
- ->
organisation sociale qui supprime la rareté fictive
3. La “société de
non-compétition”
Utopie sociale la plus importante, en théorie et en
pratique
- théorie: constater sa nécessité ou prévoir son imminence
-
pratique: constater son apparition, ou son émergence latente
- pas de
lutte intérieure pour la survie ou la préséance
- peut résulter de
l'indifférence individuelle
- agressivité naturelle canalisée vers
l'extérieur, envers les autres groupes
- En interne, une mythologie, théorie
intuitive, impose l'attitude anti-lutte
Un groupe de non-compétition
- A) ne se forme que s'il existe un équilibre naturel ou artificiel de
moyens de survie abondants
- en fonction de conditions naturelles
particulières pour les utopies idylliques
- quand les futurs membres de ce
groupe viennent de sociétés possédant une technologie très développée
-
B) est égalitaire
- aucun des membres n'exerce ou ne subit d'influence
supérieure à tout autre membre du groupe
- communication déterminée par
égalitarité et valence spécifiques à l'espèce humaine
- C) est soumis
automatiquement aux conditions de seuil
- il ne peut contenir un nombre de
personnes supérieur au groupe critique
- il ne peut posséder un nombre
d'objets supérieur à la grandeur critique
- C’est une société de petits
groupes
- D) organise la propriété, mais surtout l'utilisation des
objets
- utilisables simultanément par tous
- l'utilisation n'implique
pas le consentement des uns ou des autres
- le transfert n'implique pas non
plus le consentement des autres
- fait de la pauvreté une vertu
- est
communautaire et opposant de tout système fondé sur la rareté fictive
-
E) se forme facilement mais reste fragile
- par manque de langage objectif
qui permette l’information interne
- par son langage intuitif né d'une
mythologie et trop insuffisant
- sans langage objectif, ils est paternaliste
Le premier danger vient du succès
- plus il grandit, plus ils
dépasse le seuil critique
- plus il s'enrichit et plus le nombre d'objets
possédés dépasse, à son tour, la grandeur critique.
Le deuxième danger
tient au paternalisme des mythologies
- Scissions et luttes idéologiques
pour la préséance d'une idée sont à peu près toujours fatales
- En 2000,
la “non-compétitivité” est encore plus utopique que jamais
- L'humanité
est-elle axée sur la compétition
- -> pour raisons biologiques
-
-> ou par un long conditionnement?
Pour nuancer “l’utopie de la
non-compétitivité”, différencier
- compétition “intra-groupe”, inévitable
- compétition “inter-groupe”, plus dangereuse
- -> pourrait être
réduite, ou éliminée, ou sublimée
4. Une condition technique de
non-compétition “l'économie des réservoirs’
La société de non-compétition est une utopie réalisable
- on peut la découvrir, l’enseigner et l’appliquer
Sortir d'une
situation insatisfaisante
- se manifeste par la contestation
- ->
devenue affirmation de soi
- -> plutôt que volonté de changement
Rien ne change. Pourquoi?
- L’abondance artificielle va de pair avec
rareté fictive
Les régions d’abondance se raréfient par
-
accroissement du nombre de ceux qui y affluent
- accroissement des
naissances qui fait disparaître l'abondance naturelle
L'abondance
artificielle
- est assurée le système des primes
- la prééminence sert
de stimulant
L'inflation s'abat inévitablement sur l'abondance
artificielle
- une personne rend un service, travaille
- elle est
rémunérée en obtenant
- -> une distinction, une prime: salaire,
puissance, statut, etc.
- les autres veulent la même prime, ou plus
-
soit ils participent à la surproduction
- -> d’où dévalorisation des
primes
- soit ils établissent la rareté fictive
Historiquement toute
organisation politique et économique tend à retomber dans ce scénario.
Esquisse d’un contre-projet.
L'abondance naturelle
- existe
si tous les biens nécessaires à la survie se trouvent sans effort
L'abondance artificielle
- commence avec l’animal qui se fait une
réserve
L'attitude humaine est identique
- se construire une réserve
au moyen de greniers
- qui assurent l'abondance naturelle pendant les
périodes difficiles
- qui sont source de rareté fictive: ils permettent au
gardien du grenier d'établir sa puissance
- un système de grenier centralisé
permet une dictature centralisée
- un grand nombre de greniers spécialisés
entraîne une certaine apparence de liberté
Remplaçons grenier-réservoir
par Trésor public
- alimenté en argent par les contributions de chacun
-
n'empêche pas l'introduction de la rareté fictive
Sous la pression que
tous exercent sur les gardiens du réservoir
- l'argent doit être de plus en
plus largement distribué
- phénomène d'inflation généralement bien exploité
par les gardiens du réservoir
En contre-projet
- à la place d'un
réservoir généralisé-Trésor public
- grand nombre de réservoirs spécialisés
contenant les biens eux-mêmes
- -> inflation impossible pour les biens de
survie
- -> inflation admise pour les biens superflus
Les groupes
de non-compétition
- essayent d'organiser une sorte de trésor public
-
sous forme de réservoirs des produits nécessaires à leur survie
5.
Conclusions concernant la société de non-compétition
Dans un système
d'abondance naturelle ou artificielle
- une société égalitaire est possible
- mais habituellement empêchée par la compétition
La contestation
idéologique de la rareté fictive
- sépare rareté fictive et rareté réelle
- déplace la frontière entre les deux raretés
La société de
non-compétition n’est pas l'unique utopie réalisable
VII - LA NOTION D’IMPORTANCE
Nous recherchons la
compétition
- pour avoir une importance toujours croissante
- pour tirer
un plaisir inné de la lutte pour l'obtenir
L'individu est important,
unique et irremplaçable
- nos sociétés rendent remplaçable n'importe quel
individu
L'importance de l'individu vient de son propre jugement
personnel
- qui ne dépend d'aucune compétition
- qui peut être en
contradiction avec le jugement des autres
L'importance est donc fondée
sur le jugement des autres
- elle est conditionnée par certaines “règles
tacites”
Afin d'être jugé “important”, l'individu doit
- soit se
soumettre à ces règles
- soit établir d'autres règles
Toute société
tend vers une stabilité par la durabilité de ses règles
- une société stable
et flexible est imaginable, réalisable
1. La chose inacceptable: ne
pas être important
Des gens très intelligents se trouvent très
importants
- je suis quelqu'un d'important
- les autres n’en sont pas
pour autant convaincus
Regardons les utopies à travers les yeux d'un
Martien
- il ne se considère pas comme important.
- il comprendra les
utopies
- -> comme tentatives imaginées par certaines personnes
-
-> pour rétablir leur propre importance par rapport aux autres
Autre
aspect de l’importance pour l'organisation sociale
Un solitaire ne peut
pas s'attribuer d'importance par rapport aux autres
- il mourra fou, en
cherchant à se construire une importance fictive par rapport aux autres
-
seuls les autres peuvent apporter l’importance à quelqu'un
- tout individu
dont l'importance n'est pas reconnue fera tout son possible pour s'en inventer
une
Autre exemple de ce phénomène
- l'humanité s'assigne de
l’importance par rapport aux autres êtres vivants
Pour
institutionnaliser leur propre importance
- les dirigeants refusent
l’importance de certains individus ou groupes
L'importance de chacun est
assurée dans une organisation non paternaliste
Nous avons vu
- la «rareté fictive» est produite par un goulot de contrôle unique,
tout-puissant.
- chacun peut attribuer ou refuser d'attribuer de
l'importance à qui le méprise
- tout goulot de contrôle peut être évité car
réversible
La reconnaissance de l'importance ne peut être imposée de
l’extérieur du système
Tout individu appartenant au système fabrique sa
propre liste des importances qu'il reconnaît aux autres
La contestation
de l'importance existe depuis que le monde est monde
L'espoir de la
liberté est associé à cette contestation
2. L'importance «positive»
et l'importance «négative»
Personne ne peut vivre sans se considérer
comme important
Deux interprétations co-existent
1) Importance
positive
- chacun crée une hiérarchie dans laquelle il soit suffisamment
haut placé
- suivant un critère arbitrairement choisi
- sans se soucier
de l'accord des autres
- un tel système de critères peut être considéré
comme une utopie réalisée
- il assure cette satisfaction à tous les échelons
d'une société
- il repose sur les critères de l'importance positive de
chacun par rapport aux autres
2) Importance négative
-
réduire l'importance des autres par rapport à sa propre importance
3.
La société de l'anonymat
L'importance, facteur poussant vers le
non-paternalisme est favorable à l'égalitarité
- une autre intention de la
plupart des grandes utopies est celle de l'anonymat
Les produits, les
actes, les œuvres non signés n'influencent pas l'importance individuelle dans la
société
- une telle société rendrait égales les importances individuelles
- elle n'encourage pas à fournir le moindre effort
4.
«Importance» et «situation sociale»
Conclusions à propos de
l'importance
La situation sociale est le résultat d'une comptabilité des
influences
- évaluation faite de l'extérieur par un observateur qui ne fait
pas partie du système
- évalué de l'intérieur, la personne attribuera à ce
rôle une importance arbitraire
L'importance est le résultat de la
situation sociale
- évaluée suivant les critères arbitraires choisis par un
seul individu
- selon ses critères et sa situation sociale dans la
hiérarchie
L'importance dépend
- des valeurs personnelles
- de
l'importance que j’attribue à l'importance que les autres m’attribuent
En réalité (et heureusement)
- l'importance d'une influence n'est ni
observable ni mesurable
- car elle n'est pas communicable
D’où un
répertoire de quatre alternatives:
1) - “égalité objective/égalité
subjective”
- une idéologie ou une morale est nécessaire, généralement
imposée de l'extérieur, le plus souvent considérées comme d'essence divine,
données par un dieu ou par un surhomme.
2) - “égalité
objective/inégalité subjective”
- non paternaliste, fonction de la diversité
des gammes de valeurs individuelles, permet chacun d'assurer son importance,
implique, en même temps, une limitation numérique quant au nombre des membres
3 ) - “inégalité objective/égalité subjective”
4) - “inégalité
objective/inégalité subjective”
- la société ne pouvant plus être
égalitaire, il ne peut plus être question d'utopies réalisables
1 &
2 sont des utopies parfaitement réalisables
Les individus de ces
sociétés égalitaires
- ou l'importance individuelle est satisfaite
-
-> sont plutôt heureux
- -> désireront perpétuer cette situation
5. La grande utopie de l'immobilisme
Le plus grand nombre
de toutes les utopies
- réalisées ou imaginées
- -> ont été du type
immobiliste
La perpétuation d'une situation satisfaisante, répond à
trois axiomes:
- elle naît de la peur d'une insatisfaction qui résulterait
de la perte de la satisfaction momentanée
- elle fait usage d'une technique
existante
- elle dépend d'un consentement collectif
Exemple: la
pratique de l'agriculture
- déboisement, disparition d'espèces animales,
érosion, etc.
- ce fut un des pires déséquilibres écologiques jamais produit
l
- nous sommes les descendants de l'homme agraire
- nous ne nous en
portons pas plus mal, ayant oublié l'homme préagraire
Le bouleversement
actuel peut devenir le point de départ d'une nouvelle espèce
- la peur du
changement est une utopie immobiliste de notre génération
- cette utopie
d'immobilisme est la dernière phase d'une utopie réalisée, la révolution agraire
Pour notre ancêtre amphibie
- nous avons réalisé son utopie
-
puis nous avons immobilisé son utopie…
- …vivre sur la terre ferme
L'immobilisme est un but difficile à atteindre
- il exige d'être à
l'abri des perturbations extérieures
- il représente la situation rêvée par
tout gouvernement, toute législation, toute technologie et toute science
Les sociétés immobiles se caractérisent par
- leur isolation (vase
clos)
- leur taux de croissance démographique extrêmement bas
- Le
contenu de l'immobilisme n'est pas une utopie
- Le contenu de l'immobilisme
peut être le résultat d'une utopie
Quelle organisation sociale n'est, ou
n'a pas été, le résultat d'une utopie qui l'a précédée?
6. Du
“ratage” des utopies réalisables
Si tant d'utopies sociales sont
réalisables
- si l'immobilisme lui-même est aussi une utopie réalisable
- pourquoi la plupart des tentatives d'utopies ratent?
Toutes les
utopies sociales réalisables qu'on a tenté
- de Platon à Jésus, de la
Constitution américaine à Marx
- ont été des utopies ratées
Le mot
utopie a pris une résonance péjorative ou ironique
- pas de remède miracle à
ce ratage
- essayons un diagnostic sans la banale accusation de la nature
humaine
Récapitulons:
1. les conditions d'émergence
-
insatisfaction
- technique utilisable
- consentement collectif
2. la proposition vient
- soit de l'extérieur
-
soit de ceux qui supporteront les risques de la proposition
- -> implique
l'existence d'un feed-back continu en langage compréhensible par tous
3.
la description en un langage objectif
4. dans ce langage, société et
environnement sont des synonymes
5. les utopies recherchées sont la
société égalitaire, de non-compétition
6. la limite numérique respectée
(conditions de seuils)
Cette récapitulation donne le diagnostic des
ratages
- nous ne voyons plus les utopies qui ont réussi
- elles nous
semblent banales et évidentes
- le succès d'une utopie réalisable transforme
cette utopie même
La raison de cette transformation
a.
l'adhésion des masses à l'utopie qui a réussi
- le dépassement du seuil
numérique entraîne la désintégration de l'organisation qui était à la base de
l'utopie
b. l'immobilisme au moment de la réussite
-
l’institutionalisation change tacitement une organisation non paternaliste en
une autre, paternaliste
c. l'introduction des gammes de valeurs
individuelles, de “l'importance”
- le feed-back continu est la clé de
l'autopréservation des utopies réalisées
- les utopies non paternalistes ont
la meilleure chance de survivre
Il existe un très grand nombre de
réussites dans la réalisation d'utopies
- toutes font usage d'une
autorégulation
L'aide d'un système de feed-back continu empêche la
dégradation
- par le surnombre
- par l'institutionnalisation
- par
le changement des gammes de valeurs personnelles
IX - LA VILLE GLOBALE
Les réseaux sont matériels et
immatériels
- ils couvrent pratiquement toute la Terre
- ils conduisent
à la ville globale
Mais elle n’est pas habitée par une société homogène
et uniforme
Elle facilite, par contre, la mobilité matérielle et
immatérielle des petits groupes
- au-dessous de la limite du groupe critique
- formant, à leur tour, une société à faible communication
Fait
nouveau
- ces groupes qui forment la ville globale
- sont,
géographiquement parlant, dispersés
Est apparue la ville-continent
-
une centaine de villes qui existent depuis des siècles
- maintenant reliées
par un réseau de transport très rapide
La ville-continent, contrairement
aux mégalopoles
- satisfait à la croissance démographique et aux
fluctuations économiques
- n’entraîne pas la croissance outre mesure des
villes qui la composent
L'Europe unie est la première ville continent
moderne
- ce n'est pas une entité politique
- c'est une entité de fait
Elle est peut-être le modèle de la ville globale à venir
1.
L'astronef Terre
Le Spaceship Earth (Kenneth Boulding, Buckminster
Fuller)
- exprime une idée occidentale et puritaine
- -> nous sommes
abandonnés sur un navire de l'espace
- -> les réserves sont limitées
- -> nous sommes seuls responsables de notre survie
L'Astronef
Terre et la cité globale ne sont pas des utopies
- nous devons vivre
ensemble, pour le meilleur et pour le pire
- abandonner cette coexistence
est impossible
Le manuel de conduite de cet astronef est une utopie
- l'operating manuel de Buckminster Fuller, entre autres
- nous
possédons une multitude de ces manuels
- inutile de les examiner ou de les
critiquer
- ce sont des utopies universalistes “irréalisables”
Observons la vie quotidienne sur cet astronef
Première
conséquence
- cet astronef est fermé
- il ne contient plus de
territoires où échapper
- -> à la civilisation
- -> à la
coexistence avec les autres
- il ne reste aucun Wild West où fuir, à
conquérir
Deuxième conséquence
- nécessité d'une organisation pour
gouverner
- arbitrer les problèmes soulevés par les passagers
Les
décisions prises à bord d'un navire sont toujours le fait d'une organisation qui
possède un pouvoir absolu et totalitaire
Troisième conséquence
-le
nombre des passagers doit être limité
- -> à cause des réserves limitées
La ville globale peut représenter l'organisation des passagers de
l'astronef Terre
2. La migration autorégulatrice
Caractéristique de la ville globale
- les frontières sont fixées à
jamais
- émigration ou immigration sont impossibles
- reste la migration
simple possible
- -> se déplacer, déménager, à l'intérieur de la ville
globale
La migration est une des plus importantes utopies réalisables de
l'histoire
- un exilé est toujours un utopiste
- son exil est toujours
une utopie réalisée
- -> même si elle semble n'être qu'un pis-aller
La migration comme facteur d'autorégulation sociale
- une tension,
un conflit, se dénoue par la fuite d'un des protagonistes
- cette fuite
produit, à son tour, d'autres conflits
La migration provoque une
réaction en chaîne
- après une période de déplacements, nouvel équilibre
- en résulte, à la longue, une certaine sécurité
La migration ne
provoque que de petits conflits
- pas nécessairement meurtriers
Nécessité d'une organisation arbitre des conflits
- rôle
autorégulateur de la migration
Une organisation centrale pour la ville
globale
- est impossible
- dépasserait toute grandeur de groupe critique
imaginable
- la vitesse de réaction serait inadmissiblement lente
-
c'est une situation qui relève de l'absurde
L'acte d'arbitrage reste la
tâche des groupes de la ville globale
- chaque groupe établira ses propres
règles d'arbitrage
- -> indépendantes de celles des autres groupes
Chaque groupe possèdant ses propres règles d'arbitrage
-
déplacement-migration, à l'intérieur de la ville globale
- l’individu quitte
un groupe pour aller dans un autre
- le système admet une coexistence de
l'émigré avec le groupe
La migration représente l'autorégulation de la
ville globale
- multitude d'arbitrages acceptables
- un système
d'arbitrage unique ne pourrait pas fonctionner
Les organisations
centralisatrices essayent d'empêcher la migration libre
3. Un
scénario de la migration
Autre caractéristique de la ville globale
- limitation du nombre des habitants en fonction des réserves naturelles
- distribution de ces réserves entre les habitants de la ville globale
-
en fonction de différents critères
- -> nécessités physiologiques
-
-> attitudes psychosociologiques
- -> considérations technologiques,
etc.
Exemple, la nourriture
- la quantité nécessaire à la survie est
variable
- fonction de considérations arbitraires
- le régime
alimentaire correspond à une image qu'une civilisation se fait d'elle-même
-
plantes et animaux sont comestibles par certaines civilisations, pas par
d'autres
- l'humanité ne consomme pas plus de 20 % de la masse végétale
- une énorme quantité de produits naturels pourrait être rendue comestible
- solutions au problème de l'alimentation dans un nouveau livre de
cuisine?...
Nous ne considérons ces possibilités qu'en tant que sujet
d'étude
Un autre scénario d'auto-réorganisation de la ville globale
- repose sur la technologie qui existe déjà
- fait ressortir le rôle que
la migration pourrait jouer
1) Les céréales, nourriture stockable, sont
presque toutes produites en zone tempérée
- dans ces régions les plus fortes
concentrations industrielles
- -> occupent une très grande partie des
sols
- -> représentent des pertes énormes en terres arables
2) Là
où les habitants vivent à l'intérieur de maisons chauffées
- la surface au
sol des habitations est grande
- la consommation d'énergie nécessaire au
chauffage est importante
3) Les zones chaudes peuvent
assurer une production agraire
- cultures intensives, produits difficiles à
stocker: fruits, légumes, etc.
- l'habitat nécessite beaucoup moins de
terrain
- on préfère vivre dehors: dans les rues, dans les cours, sous les
arbres
- surface d'habitation réduite et chauffage à peu près inexistant
- -> énorme économie de combustible
Et l'industrie?
De
nouvelles sources d'énergie sont nécessaires
- l'énergie solaire est source
d'énergie valable
- l'ensoleillement à usage industriel disponible en
climats chauds
D'où l'image d'une réorganisation de la ville globale
1) régions tempérées
- faiblement habitées
- culture des
céréales
- greniers de la ville globale
2) régions chaudes
-
très peuplées
- peu de surface réservée à l'habitat
- peu de combustible
employé
- production de nourriture abondante non stockable
- peut faire
vivre les nombreux habitants de ces zones
- très forte condensation
industrielle basée sur l'énergie solaire
- industrie qui assure l'emploi de
cette population
Image étrange à première vue
- Occident paysan,
faiblement habité
- Sahara densément peuplé et industrialisé
- ->
cette répartition pourrait assurer une vie agréable à cinq ou six fois plus
d'êtres humains
Proposition impossible à défendre
- aucun pouvoir
suffisant pour la réaliser
- pourrait se faire par lente migration libre
- si disparaîssent les obstacles à cette migration libre
4.
Ville-migration, campagne-sédentaire
L'organisation actuelle
-
un tissu de villes isolées
- entourées de campagnes
- est valable sous
toutes les latitudes
L’image nouvelle de la ville globale
- deux
zones de campagne couvrant les latitudes tempérées
- une mégalopole
tropicale regroupant
- 70 % de l'habitat, de l'industrie et de l'agriculture
quasi industrielle
- forte migration possible dans cette mégalopole
-
infrastructure-parapluie
- locaux vacants occupés au fur et à mesure du
passage des migrateurs
- -> ville-super-hôtel
- -> les habitats
équipés de tout le confort
- -> peuvent être loués, même pour un jour
La ville-Khan correspondrait aux critères
- petits groupes sociaux
n'atteignant pas le groupe critique
- organisations et groupes non
géographiques
- société de faible communication
- mégalopole de la
migration libre
Hypothèse différente pour la campagne tempérée
-
région purement agraire
- population fatalement sédentaire
Ces deux
images semblent relever de la pure science-fiction
- ces hypothèses ne
peuvent être considérées comme utopies
- ce ne sont pas des propositions
- elles illustrent certaines possibilités d'organisations de la ville
globale
- les migrations seraient la caractéristique principale
L'organisation serait influencée par
- la rareté des réserves
-
les impératifs de la survie
- l’impossible gouvernement par un conseil de
sages
L'hypothèse du couple
- ville à migration
- campagne
sédentaire
- est un fait observable tout au long de l'histoire
5.
La ville globale est composée de villages urbains
La ville globale
réseau de villages urbains égalitaires
- est déjà en train d'émerger
-
-> accroissement du nombre des humains
- -> affaiblissement des
pouvoirs centraux
Description schématique de la ville globale
-
réseau faiblement relié de villages urbains
- -> composés d'individus
tous égaux entre eux
- -> ouverts à une migration dans les limites du
groupe critique
Dans ce réseau
- aucun système ad hoc ne peut
fonctionner
- chaque village urbain est au courant des événements
-
-> des villages limitrophes au sens non géographique
- -> auxquels il
est directement relié
Dans cette ville globale
- migration
intérieure provoquée
- par certains motifs politiques ou insatisfactions
- pour motif de survie physique ou autres
L'échange avec la campagne
- est fondé sur le troc
- sans arbitrage central
- les modalités de
l'échange sont fixées par les partenaires
- suivant désirs et nécessités
- sans référence avec les échanges effectués par d’autres
Le troc
des produits
- de petite industrie locale et d’artisanat
- contre les
céréales
- -> est fait directement par les villages urbains
- ->
sans passer par des centres d'échange.
L'économie des villages urbains
serait une économie des réservoirs, des greniers
Convergence vers un compromis
- -> environnement
- ->
société sans compétition
- -> faible communication
- -> ville
globale
Propositions ponctuelles
- dans des domaines limités
-
réalisables, une à une
Autre conclusion
Notre monde est plutôt
hypercompliqué qu'hypercomplexe
Complexité: se réfère à une structure
- permet d'extrapoler d'un état donné à l'état qui le suivra
Complication: la relation des termes n'est pas directe
- la
structure est remplacée par l'arbitraire
- extrapolation d'un état à l'autre
impossible
Un monde complexe ou hypercomplexe
- est réglé par la
“machine” du cause-à-effet
Un monde compliqué
- est erratique
-
la relation de la cause à l'effet ne peut être discernée
Ordre complexe
ou compliqué
- il existe, fabriqué par notre intellect
- est l'image du
monde située dans notre cerveau
Cette réflexion explique l'erraticité
- de notre histoire
- de nos concepts
- de nos théories
Le
caractère réalisable des utopies est soumis à l'erraticité générale de notre
univers
Infrastructure mondiale
L'État mondial
-
utopie non réalisable tout au long de l'histoire
L'État mondial est une
impossibilité
- les États actuels sont déjà trop grands
- la
communication interne s'y bloque
– la communication globale est irréalisable
- les décisions sont inapplicables
- le message n'arrive jamais au
niveau des citoyens pour exécution les décisions
L’infrastructure
mondiale existe déjà
- support matériel des projets, utopies, etc.
- son
existence nous semble habituelle
- la terre
- sa biosphère
- le
soleil dispensateur d'énergie, etc.
Nous ne sommes pas conscients de
cette existence
Nous prêtons attention à l'organisation de cette
infrastructure
- la territorialité
- l'idée de frontières
- le droit
d'accès
Autre caractéristique: la distribution inégale des réserves
naturelles
- quand manquent nourriture, eau, chaleur, etc
- -> les
animaux se déplacent
- -> les hommes échangent
L'hypothétique et
impossible État mondial
- aurait à arbitrer et imposer ses décisions
-
-> en matière de territoires
- -> en matière d'accès
- -> en
matière de distribution de réserves
Les règles d'organisation possibles
sont
- -> admission de la migration d'un territoire vers un autre
-
-> gérance intercommunautaire des voies d'accès
- -> échange-troc
direct des moyens de survie inégalement distribués
Une organisation de
gérance mondiale est possible
- -> elle concernerait la maintenance des
voies d'accès
- - -> reliant les territoires entre eux
- - ->
servant à l'échange des moyens de survie
Cette fonction de gérance d'un
réseau routier
- était toujours assurée par les anciens grands empires
-
se maintient jusqu'à nos jours
- serait étendue au globe terrestre
2 - Multitude de communautés non communicantes
Dans
cette infrastructure de bon fonctionnement des voies d'accès, les sociétés ou
communautés
- ne pourraient dépasser les dimensions du groupe critique
-
devraient être relativement très petites par rapport à l'infrastructure mondiale
- vont être obligées de conserver leurs limites
- devront surveiller
leur propre croissance
- cette tâche incombera à chaque communauté elle-même
Il semble impossible, dans le cadre d'une humanité toujours croissante
- de garantir la migration libre
- de maintenir les dimensions des
communautés
Une solution concerne la territorialité
- le territoire
réservé à ces communautés sera réduit
- c’est possible: exemple, la Vallée
du Nil
- -> 1000 habitants au km2
- -> deux fois plus que tout le
Canada
- cette densité ne détruit pas l'indépendance de chaque communauté
- les communautés égyptiennes vivent côte à côte, sans guerres et sans
escarmouches
- savoir que sa communauté n'est pas unique rend l'homme
tolérant.
En dehors de cette territorialité à surface réduite
-
communautés ou groupes non géographiques
- les membres sont en communication
constante
- ne vivent pas les uns à côté des autres
La migration
devient possible en fonction de ces deux phénomènes
- la territorialité à
surface réduite admet l'insertion de nouveaux groupes ou communautés
- le
nombre des groupes ou communautés non territoriaux peut être illimité
Une multitude de groupes ou de communautés
- fermés
- non
communicants
- peuvent s'installer dans l'infrastructure terrestre
Le côté fermé de ces groupes augmente la tolérance mutuelle
- les
communautés ne peuvent pas augmenter le nombre de leurs membres
- elles ne
font pas de prosélytisme, première source de conflits entre groupes
- elles
ne fonctionnent pas en tant que société secrète, deuxième source habituelle de
conflits
- le très grand nombre de ces groupes réduit les sentiments de
compétition et d'envie aux quelques groupes limitrophes
- la complexité de
ces rapports évite tout conflit généralisé ou généralisable
3.
Service civil au lieu d'impôt
Cette organisation,
- multitude de
sociétés communiquant peu entre elles
- infrastructure se réduisant à une
sorte de voirie
- évite l'impôt, moyen politique de centralisation
-
évite l'impôt, contribution à usage non spécifié
- versé au bénéfice d'une
organisation de style mafia
- dont l'activité consiste à faire fructifier
ces contributions
Activité majeure des États
- investir la majeure
partie des impôt
- dans le mécanisme qui sert à les obtenir
- ->
bureaucratie fiscale
- -> bureaucratie administrative
- -> force
policière et force armée
Les services rendus au citoyen sont minimes
- budgets administratifs
- budgets policiers
- budgets instruction
publique et santé
- -> les contributions administrées par le centre sont
disproportionnés
- -> impossible pour le citoyen de contrôler
l'utilisation des budgets de l’État
Considérons les contributions en
nature
- en temps de service public
- en produits du labeur
Ce
sont des contributions vraiment civiles
- il ne s'agit pas d'argent anonyme
- elles ne sont pas cumulables
- elles ne sont pas administrables
centralement
Le temps fourni à la communauté
- ne peut être stocké
- ne peut être viré ailleurs
Le produit d'un artisanat
- ne peut
être accumulé au-delà des besoins
Abus et mauvaise utilisation des fonds
publics sont diminués
- le contrôle public est réalisable
- tout le
monde est capable de parcourir
- -> la comptabilité en produits ou en
heures de travail
- -> d'une communauté de la dimension d'un village ou
d'une petite ville
Les réservoirs de travail consenti au service du
public pourraient
- représenter le système de décentralisation
- éviter
les dégâts causés par les grandes organisations
Cette méthode est
appliquée de plus en plus
- dans certains domaines négligés par les
gouvernements
- -> de la garde des enfants
- -> à la sécurité des
habitants
4. La “corruption honnête” ou achat de services
utilisables
Est considéré comme corruption
- tout achat d'un
service à un serviteur public
- -> rémunéré par le Trésor Public
-
-> dont les services sont gratuits pour tout le monde
La récompense
pour service rendu
- est effectuée au bénéfice du Trésor Public
Le
serviteur public
- ne peut être payé directement
- est rémunéré par le
Trésor Public
- conserve impartialité et indépendance envers le citoyen
Dans la plupart des cas, le système de la rémunération d'un service
quelconque est le même que celui qu'on qualifie de corrupteur chez un serviteur
public.
Si j'utilise les services d'un cordonnier, d'un chauffeur de
taxi, ou d'un porteur
- il est accoutumé à être payé directement pour sa
fatigue
- il se sent responsable de son travail
Pour utiliser le
même terme qu'avec le serviteur public
- sa rémunération-corruption en
dépend et reste honnête
Par contre les serviteurs publics considèrent
- qu'ils vous font une faveur en vous faisant bénéficier de leurs services
- ne se soucient guère, dans la plupart des cas, de savoir si leur travail
est bien fait ou non
- ne sont pas rétribués en fonction de la satisfaction
de leurs clients
- ne sont pas corrompus mais sont irresponsables
Nous devrions chercher comment
- nous débarrasser de la rétribution
de nos services publics par le Trésor Public
- remplacer le système actuel
par la corruption honnête
- -> l'achat des services, comme dans le cas du
cordonnier
Comme tout système, ce système commercial reconnu peut amener
certains abus
- la “corruption honnête” pourrait fonctionner et assurer de
meilleurs services que le système actuel
- à condition que les services
publics fonctionnent dans le cadre de petits groupes
5.
L'antifédération réduit la possibilité des guerres
Petit à petit
notre esquisse d'organisation sociale se présenterait ainsi
- une multitude
de petits groupes séparés
- -> reliés par un réseau de communication
- -> qui couvrirait la surface terrestre
- -> dont la maintenance
serait assurée par une organisation de gérance.
Le bon fonctionnement
serait maintenu
- grâce à un système de contribution en nature
- ->
travail ou biens
Les services seraient achetés aux serviteurs publics
par leurs clients.
Ce modèle sera considéré comme réactionnaire
- il
ne va pas dans le sens d'une croissance et d'une sophistication du mécanisme
social
- il tient compte des limitations inhérentes à l'intelligence humaine
- il tient compte de l'existence des groupes critiques
Cependant
- il ne s'agit pas d'un modèle d'utopie, mais d'une réalité
- ce modèle
existe, partout aujourd'hui
- ses caractéristiques sont pudiquement cachées
derrière une terminologie compliquée
- notre monde fonctionne en partant de
petits groupes, territoriaux ou non
Sur toute la terre est maintenu un
réseau de communication
- voirie, poste, téléphone, etc.
- maintenance
assurée par des organismes de gérance
- différents des autres services
gouvernementaux
- ils sont inter et supra-gouvernementaux
- ils
continuent à fonctionner indépendamment de la naissance ou de la chute des
gouvernements
Des services sont assurés
- par les contributions en
nature de certains petits groupes
- services autrefois gratuits et publics
- fonctionnent maintenant avec le système de la corruption honnête
L'image n'est pas réactionnaire
- elle est moins hypocrite que celle
de nos modèles politiques courants
Autre objection
- ce modèle va
entraîner une multitude de conflits entre les groupes qui constitueront cette
société
- toute cette aventure ne mènera qu'à une guerre de tous contre tous
Objection partiellement vraie seulement.
- Imaginons une petite
ville de dix mille habitants
- il y a un grand nombre de conflits entre ses
habitants
- un très grand nombre de ces habitants n'ont aucune relation
entre eux
- dans ce genre d'agglomérations il n'y a à peu près jamais de
meurtres
- la plupart des conflits sont résolus par un arbitrage de groupe
- menant soit à une trêve
- soit à l'émigration d'une des parties
-
la plupart des habitants ne sont pas impliqués dans tel ou tel conflit
- ils
ne participent pas à l'arbitrage localisé
Quand les parties impliquées
dans un conflit
- réussissent à intéresser la majorité
- ou la totalité
de leurs concitoyens
- ce sont des partis qui se forment
- s’ensuivent
d'autres conflits, échauffourées
- la guerre civile fera son apparition
Cet situation n'existe que trop souvent
- la guerre se manifeste
quand un certain nombre d'individus se fédèrent autour d'une injustice réelle ou
imaginaire
- tant qu'il n'y a pas fédération, l'arbitrage de groupe
fonctionne d'une façon satisfaisante
Une institution
antifédérationniste, peut garantir la paix
- aucune institution évite la
fédération
- beaucoup la rendent difficile
- exemple: le système des
sous-castes indiennes
- chacune est imperméable aux autres
- son rôle
est irremplaçable
Les interdits limitant le rôle de chaque sous-caste
sont probablement la base même du célèbre pacifisme indien
- une très forte
tendance à la migration, en Inde, ne réduit pas les effets de ce système
Un autre exemple: les sociétés où l'héritage individuel a été supprimé
- L'héritage déclenche une réaction hautement fédérante
– aucun autre
concept humain n'a mené à autant de guerres
- l'adoption d'un système légal
excluant l'héritage pourrait garantir une diminution des conflits
6.
La migration: l'autodéfense de l'individu contre l'injustice sociale
La migration, la mobilité humaine, est, avec le concept du groupe
critique, la pièce maîtresse du système social, fruit de nos réflexions
-
migration et groupe critique, sont les deux garanties principales de la liberté
La liberté… idole de notre temps
- les libérateurs convaincus
grouillent
- chacun nous libérant du libérateur précédent
- sans nous
demander si nous voulons être libérés
La connaissance de la loi
naturelle du groupe critique a un effet libérateur
- tout individu peut
retrouver la structure de son groupe
- l'influencer ou chercher à le
maintenir tel qu'il est
- peut préférer la structure égalitaire
-
trouver comment parvenir à cette structure
- en faisant, par exemple, la
sourde oreille à certaines influences
- en répondant à certaines autres.
- en s'opposant à l'accroissement de son groupe
- il peut maintenir la
structure égalitaire qu'il a choisie
- s’il préfère une structure sociale
hiérarchique
- la même loi naturelle indique comment agir
Mais le
problème n'est pas résolu aussi simplement
Reste la réaction des autres
devant son initiative
- deux éventualités
- soit convaincre les autres
et gagner leur consentement
- soit émigrer, quitter son groupe.
Problème depuis longtemps à l'ordre du jour:
- un individu doit-il
agir en fonction des idées d'une majorité, ou bien
- les idées de minorités
nombreuses peuvent être réalisées, simultanément, sans se porter réciproquement
préjudice?
La guerre ou tout conflit politique grave est évitée en
empêchant la fédération
- La fédération est une tentative de construire une
majorité totalitaire.
- Un système politico-social ne fonctionne bien, du
point de vue de l'individu, que s'il est très fragmenté.
La migration
qui permet à l'individu de maintenir cette fragmentation
- la migration
sociale représente une sorte de grève à perpétuité
- un individu qui quitte
un groupe en modifie la structure
- Il est normal, pour un travailleur,
d'assurer sa liberté par la grève
- c’est sa défense contre ce qu'il
considère comme une injustice
- la migration représente une sorte de grève
civile, défense de l'individu contre l'injustice sociale
Les
organisations de pouvoir créent le maximum d'obstacles à la migration libre
- nos bureaucraties ont construit d'énormes remparts de paperasse
- la
migration en masse casse les pouvoirs
Durant la Seconde Guerre mondiale,
affolement devant l'impossibilité de fuir
La première action de chaque
conquérant: établir des barrages.
- les libérateurs maintiennent les mêmes
barrages
- une grande partie demeure encore
7. Plaidoyer pour les
connaissances théoriques
- contre la primauté accordée aux connaissances
appliquées
Responsabilité de la science
- des théories politiques,
sociales, médicales ou physiques
- une fois appliquées, font des hécatombes
Impossible de conclure que ces théories sont
- soit erronées
-
soit dangereuses
Le problème
- les théories manquent de règles qui
permettent leur application
Partant de cette constatation
- nos
théories parapolitiques concernent
- des lois du type lois de la nature
- des modèles assez généraux pour ne pas être en contradiction avec tout
système politique qui fonctionne
Tout système politique qui ne tient pas
compte de ces règles ne peut pas fonctionner
La façon d'appliquer ces
connaissances
- dépend, suivant leur esprit, de chaque groupe
- de
chacun de ceux qui les manieront
C'est le principe du non-paternalisme
Je ne peux donner aucun conseil
- à chacun de trouver sa stratégie
personnelle
- ce savoir, qui peut être erroné, n'est pas transférable
J'ai donc plaidé
- pour la primauté des connaissances théoriques
- contre la primauté des connaissances appliquées
Ce qui intéresse
l’individu:
- pouvoir appliquer ces connaissances théoriques
C'est
toujours l’individu qui souffre de la mauvaise application des connaissances
théoriques
- il faut qu'il sache décider comment s'en servir
- pour
pouvoir décider, il doit être bien informé
- pour être bien informé il doit
apprendre
- l'explication de ces théories, sous une forme facile à
comprendre par tous, est primordial.
Si le lecteur se sent encouragé
- à réfléchir
- à résoudre ses propres problèmes
-je n'aurai pas
gaspillé mon temps
Y. Friedman ------ Paris, février 1972/juillet 1999