Epistémologie économique
Réflexion initiale inspirée d'une publication
de Daniel Favre et Philippe Foucou (symposium écrit, livraison, août
1995, Institut de la Méthode, Bienne CH)
Définitions:
Qu'est ce qu'un paradigme ?C'est un modèle
théorique de pensée qui ORIENTE recherche et réflexion
scientifiques
Qu'est ce que l'épistémologie ?La définition d'Eric
Schwarz est la suivante : "L'épistémologie étudie les méthodes, les outils, les
présupposés de la science, le non-dit, ce qui va de soi, ce que tout le monde
fait sans se poser de question, bref, ce qu'on tient pour vrai"
Les problèmes économiques : problèmes d'économie ou problèmes
d'épistémologie?
Les médecins et les physiologistes qui ont refusé collectivement
pendant plus de 100 ans la théorie d'Harvey sur la circulation sanguine
présentaient-ils tous un déficit intellectuel majeur pendant
toute cette période ?. non, évidemment pas . Seulement, un
changement de paradigme nécessite le plus souvent de surmonter des
obstacles épistémologiques qui désignent "des représentations
induites en particulier par les expériences premières que
nous avons associé à un concept" (Bachelard). Cette notion d'obstacle
permet de comprendre les raisons de l'exemple de la circulation sanguine.
Face à un changement de paradigme, les partisans d'un ancien paradigme
ne sont pas sensibles aux caractéristiques d'un nouveau ni aux démonstrations
qui réfutent l'ancien.
Les effets des dysfonctionnements économiques
actuels, qui contribuent à plonger notre société dans le désarroi, ont autant
une origine épistémologique qu'économique, car les applications du dogme des
théories économiques actuelles sont toutes fondées sur la gestion des ressources
rares. (Voir l'article"
Pénurie et
abondance")
Le paradigme actuel nous propose quatre choix pour assurer notre "perdition"
:
- soit par l'augmentation sans fin du chômage
- soit par l'augmentation
de l'inflation
- soit par l'augmentation du déficit budgétaire
- soit par
l'augmentation du déficit extérieur.
=> la guerre étant la seule solution trouvée à
ce jour pour permettre à l'économie de dépasser ces
contradictions
Le concept de la monnaie...
Il a évolué et s'est transformé au cours des
siècles, des coquillages à l'or, pour aboutir à une totale dématérialisation
(depuis 1978) qui a pour conséquence qu'aucune monnaie n'a de contrepartie en
matières précieuses ou rares.
Or, si une collectivité a :
1 - un besoin,
2 - la volonté de le satisfaire,
3 - les moyens techniques et énergétiques,
4 - Un excès de main d'oeuvre et le savoir-faire,
Pourquoi ne peut-elle réaliser ce besoin par faute de financement
?
L'obstacle épistémologique est le suivant :
La monnaie reste conçue
comme une réalité matérielle (précieuse) de quantité finie donc rare et
épuisable, alors qu'elle ne l'est plus puisqu'elle est dématérialisée
Un nouveau paradigme devrait pouvoir être assimilé. C'est celui dans lequel
:
1 - Aucune loi physique n'empêche un Etat, une Banque Centrale ou de
second rang de
créer
toute la monnaie nécessaire. Ne pas le faire est la conséquence d'actes
volontaires, de lois humaines.
2 - Contrairement à l'ancienne prémisse
(ressources rares), la nouvelle est : comment écouler nos surplus pour mieux
satisfaire nos désirs et nos besoins dans le respect de l'écologie planétaire (
abondance permise par le progrès technologique)
3 - La
création
monétaire peut être ajustée de telle manière à ce que l'ensemble du pouvoir
d'achat soit équivalent à l'ensemble des productions susceptibles d'être
vendues, et ceci en fonction de trois paramètres :
a) le potentiel de
production
b) les désirs d'achat
c) les conséquences écologiques
4 -
L'équilibre des balances commerciales est à prendre en compte car il ne faut ni
affaiblir les autres pays qui sont nos clients potentiels, ni s'affaiblir, pour
éviter le risque de dépendance.
5 – Le déficit budgétaire est signe que les
créations monétaires relatives aux échanges économiques possibles à l'intérieur
du pays sont insuffisantes
Faut-il attendre que les responsables inventent de nouveaux paradigmes?
Non, il faut agir nous-mêmes!
Et c'est bien l'idée de l'
Association
Coopérative Sociétale
Les démonstrations du paradigme:
1 - La Dame de Condé
2 - la "monnaie
fondante" ou "monnaie franche"
3 - Le "miracle monétaire" de
Schwanenkirchen
4 - Le "miracle monétaire" de Wôrgl :
5 - Ithaca
6- En pleine guerre
7 - Un "plan Marschall Européen "
8 - Les mythes du
déficit public
9 - Voir aussi la page
BankingQuotes
1 - La Dame de Condé
Nous sommes à Condé-sur-Gartempe. Son hôtel de la Gare
est réputé pour ses ortolans et sa discrétion...! Un
vendredi après-midi débarque une jeune femme, d'apparence
comvenable, bien qu'un peu trop fardée.Elle réserve une chambre
pour la nuit et, comme elle n'a pas de bagage, elle laisse en acompte un
billet de 100 euros, tout neuf. Puis elle s'en va visiter la vieille ville.Le
pâtissier qui a vu la scène dit au patron: « ça fait
six semaines que vous me devez 100 euros pour la pièce montée
que j'ai livrée à l'occasion de la communion de votre fille.
» Le patron lui donne le billet de bonne grâce.Comme cette scène
a été vue par d'autres, elle se reproduit cinq nouvelles fois,
car le pâtissier devait aussi 100 euros au minotier... qui en devait
autant au garagiste... lui-même débiteur de cette somme au
boucher... qui avait à régler 100 euros au représentant
de la maison Erlida... lequel devait à son tour acquitter sa chambre
à l'hôtel de la Gare pour 100 euros.Il redonne donc le billet
au patron de l'hôtel. Notre Dame revient de promenade. Elle annonce,
qu'ayant fait une rencontre, elle annule sa réservation. Ce qui arrange
bien l'hôtelier qui, entre temps, a eu une demande d'un de ses vieux
clients. L'hôtelier lui rend donc son billet qu'elle brûle aussitôt.
« Il était faux », dit-elle en souriant.
Moralité de cette histoire-
Pourquoi un faux billet a-t-il été capable de catalyser autant
d'échanges?
Parce qu'un billet est de la monnaie fiduciaire (du latin fiducia: confiance).
C'est exclusivement une « valeur de confiance » entre les membres d'une communauté.
Dans un autre pays il n'aurait pas été accepté. Un billet
faux perd « sa valeur » seulement au moment où il se révèle
faux et n'est plus accepté par celui qui le reçoit. C'est celui
qui le détient en dernier qui assume la perte. Dans cette histoire il
n'y a pas eu de perte sauf pour la Dame de Condé qui savait de toute
façon qu'il était faux.
-
Serait-ce qu'il y a
carence de pouvoir d'achat dans notre société?
En effet la Dame de Condé, en réservant sa chambre, a accru de
100 euros la masse monétaire du village, ce qui a permis à six
personne d'éteindre réciproquement leur dette pour un montant
total de 600 euros La « qualité » de la monnaie utilisée, bonne
ou mauvaise, est indifférente
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2 - la « monnaie « fondante » ou « monnaie franche »
Comment une
solution simple a amené à relancer l'économie.Silvio Gesell, un
Belgo - Allemand, avait fait une rapide fortune en Argentine à la fin du XIXe
siècle. Revenu au pays, il étudia à fond les problèmes des monnaies, assujetties
ou non à perception d'intérêt par leurs émetteurs. Avant la guerre de 14, il
conçut son maître livre, L'Ordre Economique Naturel (Ed Uromant, Bruxelles,
1918). Il y posait les bases de la Monnaie Franche qui n'est pas vraiment une
monnaie puisqu'il n'y a aucun intérêt à la thésauriser.
Keynes a écrit en 1936 que « le futur apprendrait plus de l'esprit
de Gesell que de celui de Marx » (cf. La théorie générale
d'emploi, intérêt et Argent, Londres 1936 - réimprimée
1967 - p.355).
Cette monnaie, pour tourner plus vite et fertiliser
au mieux le corps économique, perdait 1 % de son montant, à date mensuelle fixe
; perte qu'il fallait compenser par un timbre de 1 % collé sur le dos du billet
pour qu'il puisse circuler.
Cette accélération (d'un facteur 4 à un facteur
8... ) était due, selon Fischer, à l'effet psychologique de la perte à éviter
(par l'acheteur).
Utilisée 20 fois (dont 3 en France) lors des grandes crises
économiques, elle permit des métamorphoses incroyables :
- A Wôrgl (Autriche, 1932-33), elle résorba en 11 mois un chômage
au taux de 60 %.
- En 1956, à
Lignières-en-Berry (France), elle ressuscita en un an une petite ville ruinée
par la désertification des campagnes, comme le relate Science et vie n° 488, et
l'utilisation des « bons d'achat » émis par le Maire fut ensuite interdite par
De Gaulle.
- Mêmes effets à Marans (France) en 1957-58.
- Et à Porto
Alegre (Brésil) en 58.
- En 33-34, aux USA, bien qu'elle ait été utilisée
très maladroitement (selon L. Fischer, qui avait étudié
de près ses procédures en Europe), elle créa des redressements
inespérés dans 14 villes. Le Congrès s'apprêtait
à la légaliser quand le projet de « New Deal » de Roosevelt
fit tout stopper.
Il ne faudrait jamais l'oublier: l'étalon de la monnaie
n'est pas l'or d'un pays mais la goutte de sueur de ses travailleurs.
Dans
l'économie franche, la circulation monétaire est affranchie de toute
servitude. Argent = débit de marchandise = travail = argent. En toutes
circonstances, le cycle est fermé.
M.B.Issautier (D'une révolution économique et monétaire
- 1961) analyse ainsi ces expériences :
Une analyse plus fine de ces
expériences de « monnaie fondante » laisse quand même supposer
que l'effet économique n'est pas tant dû au fait que cette monnaie
présentait cette caractéristique (ce que nous retrouvons dans
les périodes de forte inflation), mais au fait qu'elle n'était
pas créée par une banque et un mécanisme d'endettement.
Il s'agissait donc de "monnaie permanente".
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3 - Le "miracle monétaire" de Schwanenkirchen
En 1919, se forma en
Allemagne une association "franchiste" qui avait pour but l'instauration
générale d'une "économie franche"... Finalement, un ami du défunt Silvio Gesell,
Hans Timm, émit un "billet d'échange" qu'il appela "Wara", mot symbolique
composé avec Ware : marchandise et Warung: valeur monétaire. Son organisation
s'appela: "Société d'Echanges Commerciaux Wara"
Cette monnaie libre fut
émise en valeur nominale de 0.5, 1, 2 et 5 wara et pouvait être acquise par les
membres de l'association pour un nombre de marks correspondant. C'est seulement
dans des cas d'extrême urgence que la wara devait être reconvertie en marks.
Tout adepte de cette doctrine se devait de faire passer l'intérêt de la
collectivité avant le sien propre mais avec l'espoir de profiter par la suite
des avantages acquis au nom de la collectivité...
L'avantage de l'argent
sur la marchandise réside dans le fait que toute marchandise perd de sa valeur
avec le temps tandis que l'argent conserve la sienne. D'autre part, les
franchistes veulent que l'argent ne soit autre qu'un moyen d'échange qui a pour
seule couverture la confiance dans le travail et l'activité du peuple qui s'en
sert. En outre, les franchistes sont d'avis qu'une monnaie qui diminue
progressivement de valeur circulera beaucoup plus vite et sera ainsi plus
productive qu'une monnaie qui soi-disant ne perd pas de sa valeur... mais qui
peut être thésaurisée et servir aux spéculations de toutes sortes...
Pour
débuter, les franchistes créèrent dans un cercle restreint de leur organisation
cette monnaie d'échange... Unité de la wara = un mark. Perte de valeur: 1 % par
mois, compensable par le collage d'un timbre. Jusqu'en 1931, la Wara ne retint
pas l'attention du grand public...
Schwanenkirchen :
1927-1930
Schwanenkirchen est une petite commune de la forêt bavaroise, une contrée
sauvage, isolée, aux communications difficiles et archaîques. Un
pays où le matériel "roulant' usagé rend ses derniers services
avant sa réforme définitive, où des centaines de villages
ne connaissent ni canalisations d'eau ni électricité, où
les enfants font des kilomètres à pied en sabots pour aller à
une école dont le maître doit s'occuper de sept classes à
la fois...
La région est triste: l'exploitation des mines est arrêtée, les
carrières abandonnées, les artisans chôment, les commerçants attendent vainement
de problématiques clients, les marchands de bestiaux traînent sur des dizaines
de kilomètres avec leurs bêtes in habituées à la marche par un trop long séjour
dans les étables, et reviennent des "foires" sans avoir pu réaliser la moindre
affaire.
La mine de Schwanenkirchen est abandonnée. Elle avait été
exploitée par une société anonyme avec administrateurs, directeur, contremaîtres
et tout un appareil bureaucratique complexe. Celle mine qui produisait un
charbon de qualité moyenne, avait fait vivre les ouvriers des environs ainsi que
les commerçants et était un des facteurs économiques principaux de l'endroit...
Or, la société fit faillite et l'exploitation fut abandonnée.
C'est alors
que l'ingénieur Hebecker acquit la mine aux enchères dans le secret espoir de
l'exploiter à son compte. Hélas ! il ne trouva personne pour financer
l'entreprise. Qui aurait voulu investir des capitaux dans une contrée aussi
inaccessible.
Ainsi faute d'argent, plus âme qui vive ne descend dans les
galeries, les eaux dépassent le fond de 50 mètres, les mineurs vont par de
tristes sentiers au bureau du chômage et l'ingénieur habite seul à côté de son
puits noyé... Une misère inhumaine règne dans tout le
pays.
Schwanenkirchen : 1930-1931La mine a brusquement
repris son activité... Des pompes puissantes aspirent l'épaisse couche de
liquide, des scaphandriers desoendent la tour d'extraction qui avait été
incendiée est reconstruite; à un rythme régulier les ascenseurs montent et
descendent et les wagonnets emportent le charbon a la gare à une cadenoe jamais
connue. Le fonctionnaire du bureau de chômage ne voit plus ses soixante
habitués... les restaurants sont remplis de consommateurs, les bouchers de
Hengersberg vendent tous les samedis leur quintal de viande, les propriétaires
des bureaux de tabac entendent avec plaisir la sonnette de leur magasin, les
quincailliers font un chiffre d'affaires inaccoutumé, les costumes et les
chaussures se vendent comme jamais auparavant... Toute la contrée a pris un
aspect de gaîté et d'espoir... Et ceci au moment même où le monde entier
subissait les jours sombres de la crise économique générale (la "crise de
29").
Que s'était-il passé? Un miracle? Un mécène? Un magnat américain ?
Non ! Mais un magicien a remis en route les engrenages rouillés de l'economie
régionale.
Voici en quelques mots la clé du
mystère:L'ingénieur Hebecker était franchiste. Voyant les portes de
toutes les banques se fermer devant lui, il s'adressa à ses amis franchistes
leur demandant la possibilité d'une avance de fonds en leur faisant remarquer
que c'était une excellente occasion de propagande pour la société. Ceux-ci
comprirent toute l'importance d'une expérience pratique et donnèrent 50000 wara
à Hebecker.
Alors une chose stupéfiante commença. Pendant qu'à Berlin et
dans toutes les capitales du monde, les ministres s'affairaient vainement sur
les problèmes de crise, baisse des prix, économies, chômage, la petite
agglomération de la foret bavaroise, Schwanenkimhen, en se rendant indépendante,
se soustrayait à la misère mondiale.
Comment cet ingénieur réalisa ce
prodige?lI fit rassembler les mineurs réduits au repos forcé depuis
des années et leur annonça que le travail dans la mine pouvait reprendre. Il
leur déclara qu'il n'avait pas d'argent pour les payer mais quelque chose qui
pouvait en tenir lieu pour peu qu'ils fassent confiance à cette "wara". Les
mineurs examinèrent les "billets jaunes" et répliquèrent à l'ingénieur que leur
propre confiance avait beaucoup moins d'importance que celle du boulanger, du
cordonnier et des commerçants en général... qui devaient leur donner -en
échange- des matières comestibles, des vêtements, etc.
Ne rencontrant pas
assez de compréhension cher les producteurs et les commerçants de la région,
Hebecker organisa alors une cantine alimentée par ses amis franchistes
d'Allemagne centrale qui, eux, acceptèrent la "wara" en paiement. Quelques
semaines plus tard, l'ingénieur eut la visite des commerçants fort mécontents de
ce système qui, d'après leurs doléances, leur enlevait définitivement- toute
possibilité de vivre. Ils voulurent avoir de plus amples détails sur ces
"billets" et l'assurance de gagner de l'argent en les utilisant. Le patron de la
mine leur expliqua que la plus grande partie du salaire de ses ouvriers allait
au boulanger, puis de celui-ci au boucher qui les donne à son tour au tailleur,
au cordonnier, au forgeron et ainsi de suite... c'est-à -dire que ces billets
peuvent -mieux encore que l'argent de l'Etat - rester constamment en
circulation. Mieux encore que les billets officiels qui sont thésaurisables. Il
leur déclara en outre qu'au cas où d'importantes sommes de wara devraient
s'accumuler, les franchistes s'engageraient "exceptionnellement" à les
rembourser contre des marks.
A partir de ce moment-là , le "nouveau
système monétaire" fonctionna comme une machine bien réglée. Hebecker a remis an
route la mine, occupé quarante ouvriers et "revitalisé" l'économie dans trois
villages.
Quand après deux ans de chômage consécutifs, les ouvriers
touchèrent leur première paie, aucun d'eux n'avait intérêt à garder un seul
centime. La totalité de leurs appointements alla aux commerçants pour couvrir
les dettes et pour acquérir les denrées de première nécessité. Les commerçants,
réticents et sceptiques d'abord, durent se rendre à l'évidence qu'aucune autre
monnaie n'étant aux mains des consommateurs, il valait mieux l'accepter que
manquer la vente. Ils ne tardèrent pas à remettre leurs "wara" aux grossistes et
producteurs ; ces derniers cherchaient à placer le plus rapidement possible
leurs billets et s'approvisionnèrent en charbon à la mine Hebecker. Ainsi fut
établi le circuit de la "wara" dont une grande partie retournait à la mine pour
se transformer en salaire tout en contribuant à améliorer le bien-être général.
Quelques mois après, cette petite localité était méconnaissable. Tout le monde
avait payé ses dettes et un air de franc optimisme soufflait à travers le
pays...
Le succès de cette expérience -au milieu de la crise économique
mondiale- se répandit dans toute l'Allemagne. Des reporters venus de tous les
horizons pour être témoins oculaires du "miracle de Schwanenkirchen" affluèrent
dans le pays. Même les U.S.A. en parlaient dans leurs journaux financiers. Sans
toutefois donner la vraie raison du miracle, ils mentionnèrent simplement
l'essai d'une monnaie dynamique, inthésaurisable. Il n'est pas douteux que si
Hebecker avait tenté de remettre la mine en route avec 40000 D.M., il aurait
abouti à un échec certain. L'argent serait passé en une ou deux mains seulement
et chacun l'aurait gardé -en réserve- en raison des mauvaises conjonctures
économiques...
Pour terminer l'histoire de la "wara", il faut
ajouter que dans toute l'Allemagne, des milliers de commerçants l'acceptèrent et
que d'autres communautés comptaient appliquer ce système monétaire. Disons
encore que ce mouvement eut une certaine influence en Allemagne :il combattit la
politique déflationniste du gouvernement Broning et beaucoup de gens trouvèrent
du travail.
Mais le gouvernement se mit à s'occuper de l'affaire sous
prétexte que la "wara" était une monnaie et son émission en contravention avec
un droit que seul l'Etat possède. Au tribunal, la "wara" gagna le procès. Mais
le gouvernement continua son opposition en prétendant qu'elle pouvait conduire à
une dangereuse inflation... hélas! le gouvernement ne sut pas faire la
distinction entre inflation qui part à zéro pour atteindre des chiffres
astronomiques et la modeste "wara" qui part au bord du précipice pour ramener
l'économie sur la terre ferme sans pour cela demander une aide extérieure...
Finalement, l'arbitraire peut arrêter le bon sens: la wara fut interdite. Le
résultat ne se fit point attendre: Schwanenkirchen et les autres villages pour
lesquels la wara était "le fluide vital" de la machine économique furent de
nouveau réduits au marasme complet...
Un décret du Chancelier Brûning en
date du 30 octobre1931, interdit forrnellement en Allemagne l'usage de la wara,
de la monnaie timbrée et des bons d'échanges en général... La France ne s'est
pas montrée plus libérale que l'Allemagne puisqu'elle interdit le fonctionnement
des "Mutuelles d'échanges" que quelques pionniers franchistes avaient instituées
dans notre pays...
Pour conclure ce bref exposé, voici le point de vue
des intéressés:Les commerçants : "Nous sommes heureux de
perdre 1% par mois du moment que nous pouvons compter régulièrement sur le
salaire de quarante ouvriers. Sans la "wara", la mine serait morte, les ouvriers
au chômage et notre recette nulle. Une monnaie "timbrée' est préférable à une
monnaie fantôme".
Les ouvriers : "Nous ne perdons pas les 1% mensuels,
notre salaire va immédiatement dans les magasins d'alimentation où nous n'avons
plus aucune difficulté à les placer Nous serions heureux d'avoir beaucoup de
"wara", car sans leur institution, nous serions encore dans la
misère".
Les franchistes: "La wara cette petite coupure jaune signée
par des inconnus- ne contrevient à aucune loi car ce n'est pas une monnaie! La
wara n'est qu'un "instrument d'échange" émis par la "S.E.C. Wara". Ce n'est pas
de l'argent : la wara n'a pas de couverture et n'est pas remboursable. D'autre
part, la wara ne rapporte pas d'intérêt et ne se prête pas à la
spéculation...".
++++++++++
4 - Le « miracle monétaire » de Wôrgl :
Voici une analyse détaillée du «
miracle monétaire » de Wôrgl
Dans L'Illustration du 9 septembre 1933, Claude
Bourdet terminait en ces termes un article sur la métamorphose de Wôrgl : Wôrgl
est devenu aujourd'hui un lieu de pèlerinage pour tous les « économistes libres
» du monde entier...
Le 17 février 1934, dans une conférence radiodiffusée
par plusieurs radios américaines, le professeur Fisher recommandait Wôrgl comme
le meilleur exemple de cette « monnaie datée » qu'il souhaiterait voir
introduire partout. Il la déclarait seule capable de combattre la pauvreté et le
chômage.
Que s'était-il passé ?Auparavant, la ville de
Schwanenkirchen, dans une situation dramatique due à la crise (1931), avait
retrouvé la prospérité en quinze mois. Grâce à la « monnaie franche » de S.
Gesell. Celle-ci perdait sa valeur si on n'y apposait pas un timbre de 1 % au 30
de chaque mois. Elle tournait plus vite et permettait plus d'échanges ; car les
possesseurs de billets cherchaient à éviter de payer cette « taxe à l'inertie
».
La commune autrichienne de Wôrgl était une petite ville industrielle. En
1932, elle comptait 4300 habitants, dont 1500 étaient chômeurs (60 %).
Les
impôts ne rentraient pas et la situation financière de la ville était
désastreuse.
Voulant mettre fin à ce marasme, le bourgmestre avait suivi avec
intérêt l'expérience de Schwanenkirchen. Pour vaincre les difficultés de
trésorerie de son administration, il décida de se servir de la « monnaie franche
».
« L'incitateur » serait la municipalité après accord avec une majorité de
citoyens, ouvriers, commerçants, ainsi que la Caisse municipale
d'épargne.
L'application pratique fut la suivante : tous les employés
municipaux (y compris le maire) toucheraient 50 % de leurs appointements en «
monnaie franche » et les nouveaux seraient totalement rétribués avec cette
monnaie.
Conformément à ce plan, il fut émis 32.000 schillings le 1er août
1932 en billets de 1, 5 et 10...
Les résultats
tangiblesCertains commerçants de Wôrgl, tout comme à
Schwanenkirchen, refusèrent au début d'accepter cette monnaie qui avait une trop
grande ressemblance avec la monnaie légale ; mais quand ils se rendirent compte
de l'intensité de la circulation et constatèrent que les employés et ouvriers
municipaux achetaient dans les boutiques qui acceptaient cette monnaie
auxiliaire, l'esprit de concurrence reprit bien vite le dessus et ils suivirent
l'exemple des autres...
Or, après l'introduction de la « monnaie franche »,
non seulement les impôts courants furent payés, mais la ville réussit à solder
tous ses arriérés, elle put faire exécuter, dans le deuxième semestre 1932,
100.000 schillings de travaux : sept routes neuves, sept km d'asphaltage ; douze
nouvelles rues furent projetées... On étendit le système de canalisations. On
planta des arbres, on reboisa la forêt... La vie économique prit une intensité
incroyable... Et il y eut du travail pour tous !
Les banques profitaient
également de cette activité retrouvée.
Au 1er janvier 1933, Wôrgl avait une
nouvelle piste de ski (tremplin) et une piscine... Un nouveau pont en ciment
armé portait l'inscription : « Construit en 1933 avec de l'argent libre
».
Déjà plusieurs communes voisines allaient être admises par Wôrgl dans le
système. C'est alors qu'une plainte contre le maire de Wôrgl fut déposée à la
Cour suprême de Vienne... Le Conseil municipal contre-attaqua... en prouvant
:
- que la commune avait pu payer tous ses arrérages sur les impôts (120.000
schillings),
- qu'elle avait réussi à exécuter bon nombre de travaux publics
de première nécessité,
- que le chômage avait été complètement résorbé,
-
que l'économiste américain, le professeur Irving Fisher, de l'Université de
Yale, avait envoyé en décembre 1932 une commission pour étudier cette
expérience,
- qu'il ne s'agissait que d'une « monnaie auxiliaire » et non
d'une monnaie véritable.
Rien n'y fit ! De procès en procès, la Banque
d'Autriche plaida l'atteinte à son privilège d'émission par cette monnaie «
hérétique » (sic). La commune fut obligée de retirer ces « bons »...
La
manière dont le tribunal a débouté Wôrgl de son recours montre qu'elle
reconnaissait les effets très positifs de cette expérience, qui avait conduit à
une reprise économique rapide, mais qu'elle refusait de la laisser poursuivre,
renvoyant de ce fait les citoyens à la misère.
++++++++++
5 - Ithaca : Article du NOUVEL OBSERVATEUR - Jean - Paul Dubois
Cette ville de l'Etat de New York a sa propre monnaie et se passe
très bien d'un billet vert qui, selon ses habitants, ne sert qu'à enrichir les
multinationales.
Vous savez la meilleure ? à‡a marche !
Ce que l'on
fait? On est au chaud, dans une voiture, et l'on suit un homme qui pédale sur
son vélo par une température proche de zéro. Ce que l'on voit? Un casque blanc
en polystyrène, le bout d'une barbe rousse et le dos voûté de ce cycliste qui
peine sous un voile de pluie et les bouffées du vent. Sa roue arrière remonte
une gerbe d'eau qui ruisselle en cascade sur son anorak. On a eu beau insister,
tout à l'heure, pour l'emmener dans la berline, il n'a rien voulu entendre : «
Je ne conduis pas les automobiles. Et je ne m'assieds pas davantage dedans.
C'est ma philosophie. » La scène se passe à Ithaca, Etat de New York. Dans cette
ville, la firme Borg Wagner fabrique, pour le monde entier, les boîtes
automatiques des voitures les plus réputées. Mais pour changer de vitesse, Paul
Glover vous dira que l'on n'a jamais rien inventé de mieux qu'un bon dérailleur
à câble. C'est comme ça. Et il n'y a pas à discuter : "Je n'aime pas ce qui
pollue. Je refuse aussi de prendre l'avion. à€ la rigueur, parfois, quand je n'ai
pas le choix, j'emprunte le train. Lorsque, de surcroît, vous apprenez qu'il y a
quelques années cet homme a mis six mois pour effectuer à pied la diagonale
Boston-San
? Diego
"afin de découvrir à quoi ressemblaient vraiment les tempêtes, les orages, les
hommes et les animaux de ce pays", vous pensez avoir affaire à un flâneur
fêlé,
Et vous ne pouvez pas vous tromper plus allègrement. Car L'homme
qui là , devant nous, trempé jusqu'aux os, mouline dans la tourmente est
l'économiste le plus astucieux de l'Etat, le "banquier alternatif" le plus
populaire, le plus zazou, et le plus à gauche que la finance ait jamais connu.
Le "New York Times", le "Wall Street Journal", "Associated Press" et même le
magazine ultracapitaliste "Across the Board" lui ont consacré de longs articles
dithyrambiques.
Cela est d'autant plus surprenant qu'il n'y a sans doute
pas au monde quelqu'un qui méprise plus l'argent en général dollar en
particulier que Paul Glover. Au point d'inventer et de lancer en 1991, dans sa
ville, une nouvelle unité monétaire. Dont il imprime lui-même les billets. Et
que la plupart des commerçants, des administrations et même une banque
acceptant. A Ithaca, on estime que 2 millions de dollars de cette « monnaie de
singe » sont aujourd'hui en circulation. Cette devise locale s'appelle l'
"Ithaca hour". Et, consécration suprême, George Dentes, le procureur du comté, a
récemment annoncé « qu'il en cuirait aux aigrefins tentés de contrefaire les
talbins bigarrés bricolés par Glover puisqu'ils seraient désormais punis aussi
sévèrement que s 'ils fabriquaient des faux dollars ». Je dirais que cela
devrait être même plus durement sanctionné, ajoute Paul. Car l'Ithaca hour est
une monnaie réelle dont la contrepartie représente le travail palpable de gens
qui existent, tandis que le dollar est une monnaie de Monopoly des espèces
dépecées de toute matérialité, qui n'ont plus d'équivalent or ni même argent,
mais seulement celui d'une dette nationale de 5 200 milliards de dollars. En
Amérique, le plus grand fabricant de fausse monnaie, c'est l'Etat .
Ne vous y
trompez pas. Ce discours n'est pas celui d'un quelconque milicien
antifédéraliste fascisant comme on en rencontre un peu partout dans ce pays.
Paul Glover serait plutôt tenant d'un nouvel ordre économique bienveillant,
reposant essentiellement sur des marches de proximité, des marques de civilité
et des échanges de bons procédés. Evidemment, une telle théorie mérite d'être
explicitée. Ancien publicitaire et journaliste, diplômé de gestion municipale,
Glover se met en 1991 à observer les mouvements de l'argent dans sa ville. Ce
qu'il voit. Les banalités de base du capitalisme : de puissantes compagnies, de
grandes chaînes nationales de magasins qui s'installent à Ithaca pour aspirer
l'argent local avant de le réinvestir ailleurs.
Glover n'a plus alors
qu'une idée en tête. Désamorcer cette pompe à finance, diminuer le débit de ce
vorace pipe-line, afin de le remplacer par on système d'irrigation en circuit
fermé. Que l'argent tourne, circule, soit, mais sur place, entre soi. C'est
alors que lui vient l'idée de l'Ithaca hour, cette unité monétaire que l'on ne
pourrait gagner et dépenser que dans la Communauté. En vendant ou en achetant
des services et des biens produits localement. Et voilà comment, pour lutter
contre le capital, Glover se mit à battre monnaie. Le plus difficile, dans cette
histoire, fut bien sûr de convaincre les 30 000 habitants de la ville et les 40
000 étudiants de la toute proche université Cornell que ce papier singulier, qui
sur ses deux faces proclamait narquoisement "In Ithaca we trust ", était autre
chose qu'une facétie antitrust. Le temps et la nature même de ce séduisant
nouveau système d'échange se chargèrent d'instaurer la confiance.
Comment
ça marche? Le billet de base, l'Ithaca hour, vaut 10 dollars, ce qui représente
en gros le salaire moyen horaire payé dans cette ville, explique Paul Glover.
Prenons maintenant un fermier qui vend pour 20 dollars de fromage. à€ la place de
la monnaie nationale, il reçoit donc deux heures de travail gratuit. Avec ce
petit capital, il achète par exemple les services d'un menuisier, qui lui-même
fait appel au savoir-faire d'un mécanicien, lequel utilise ces heures pour payer
son chiropracteur, qui lui se sert de ces billets pour s'offrir quatre places de
cinéma, et ainsi de suite. C'est un système sans fin qui grandit de lui-même,
une économie écologique, en vase clos, qui s'écarte du dollar et où le temps de
travail réel remplaces les liquidités abstraites."
Au début, l'affaire ne
tournait que sur une centaine de commerces. Aujourd'hui, ce sent 1 450 boutiques
et entreprises qui acceptant cette devise locale, et une revue publiée tous les
deux mois remet à jour la liste des participants. à€ Ithaca, on peut pratiquement
tout acheter avec ces coupures. Des dîners en ville, des réparations de toiture,
des légumes, du mobilier et même des voitures d'occasion. La mairie et la
chambre de commerce ont avalisé la devise, et l'Alternatives Federal Credit
Union, une banque des plus officielles, facture certaines de ses charges et
quelques frais de crédit en Ithaca hour, « Je ne suis pour rien dans le succès
de cette méthode » insiste Glover. « Ce sont les gens de la ville qui ont permis
que cela réussisse. Parce qu'ils ont cru en ce système ».
Le plus
étonnant, c'est que ce système de troc moderne fait des émules. Vingt-cinq
villes, dont Hardwick (Vermont), Waldo (Maine), Santa Fe (Nouveau Mexique) et
Kingston (Canada), ont édité, le plus légalement du monde, leur propre monnaie.
Et cela grâce aux conseils que Glover dispense sur Internet, mais aussi avec
l'aide de son kit de lancement, qu'il vend avec une vidéo pour 40
dollars.
Une banlieue de Mexico tente, elle aussi, l'aventure, et le jour de
notre arrivée, sur son vélo, notre hôte filait à un rendez-vous que lui avaient
fixé des émissaires zapatistes désireux de s'informer sur cette nouvelle forme
d'économie. "Ils cherchent un moyen de rendre financièrement viable leur
révolution, de sortir des circuits classiques de L'argent, dit Glover. Vous
savez, cette forme de troc est très intéressante pour des pays pauvres, et j'ai
eu plusieurs contacts avec des Etats africains."
En attendant, à Ithaca,
on peaufine le système.
La librairie Autumn Leaves est un peu la banque
centrale du système. (C'est ici que l'on vient changer ses dollars en Ithaca
hours, jamais l'inverse).
"Pas de spéculation, pas d'inflation, observant
Stephany Marx, le gérant. Nous émettons de nouveaux billets quand cela est
nécessaire, a mesure que l'organisation grandit. Et, comme routes les banques,
nous remplaçons les coupures endommagées. Pour faire basculer les derniers
sceptiques, voici un florilège des appréciations que les habitants de la ville
portent sur leur monnaie. Michael, graphiste : "Les Ithaca hours sont la
meilleure chose qui soit arrivée dans notre cité depuis l'invention du pain en
tranche." Joe, marchand de disques: "Cela reflète notre philosophie, stimule
notre agriculture, notre artisanat, et responsabilise nos vies." Danny,
électricien : "Notre argent reste ici et nous nous entraidons, plutôt que
d'enrichir des multinationales." Dave, professeur d'économie : Cette
organisation parallèle crée un lien de solidarité et donne notamment la
possibilité à des chômeurs de trouver un emploi." Eli, rabbin : 'Les "heures"
sont une manière de rendre l'économie humaine, d'y ajouter une note chaleureuse
et fraternelle." Charlie, fabricant de tambours: "Cette forme de troc nous
permet, à ma femme et à moi, de manger plus souvent au restaurant." Bill et
Cris, marchands de légumes: "Grâce à cet argent local, davantage de gens
achètent des produits du terroir. Cela a fait augmenter nos ventes, et nous nous
offrons désormais des petits luxes que nous n'aurions jamais pu nous payer en
dollars. " Voilà succinctement résumée l'oeuvre magique de Paul Glover, ce
cycliste activiste aimé des zapatistes et célébré par la presse
capitaliste.
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6 - En pleine guerre
Les gouvernements autour de la planète
consacrent 1.000 milliards de dollars américains à la défense, tandis qu'ils
dépensent seulement 50 milliards de dollars pour le développement.
En
pleine guerre du vietnam, les américains ont dépensé jusqu'à 8 milliards de
dollars par jour pour maintenir leur armée dans cette région. Ce fut d'ailleurs
une période d'abondance matérielle et financière sans précédent pour les
américains
Compteur du cout de la guerre en Irak :
http://costofwar.com/Le 23
juillet 2004, c'était environ 124 milliards de dollars.
Quelle
différence cela ferait-il pour l'économie américaine si au lieu de bombes ils
avaient "parachuté" (c'est une image, évidemment) de l'outillage agricole, des
réfrigérateurs, des écoles et du matériel hospitalier?S'ils avaient
proposé ce plan, ne croyez-vous pas que la coalition aurait été beaucoup plus
étoffée?
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7 Qu'est ce qui empêche un plan Marschall Européen ?
Voir un article :
Eradiquer la pauvreté en Europe et dans les
PVD. La nécessité d'un "plan Marshall" européen
en support sur le fichier joint à cette page (130 ko en "pdf") *,
(Proposition retenue au "Congrès Européen Citoyen" - Liège 22
et 23 septembre 2001 - )
Document dont la conclusion est la
suivante:
Si un gouvernement peut émettre des « bons du Trésor » ou
des obligations d'Etat, il peut émettre des crédits sans
intérêt. Les deux sont des promesses de payer, mais l'un plombe
les prix, et l'autre aiderait les populations. C'est une situation terrible
lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s'endetter
et se soumettre à payer des intérêts ruineux à des structures
privées qui contrôlent la valeur fictive de la monnaie. Dans
un système où la monnaie est crée par le système bancaire
privé, avec intérêt, chaque fois que nous voulons augmenter
la richesse nationale d'un pays, nous sommes forcés d'accepter
une augmentation de sa dette.
Un Plan
Marshall Européen à destination des PVD et de l'Europe elle-même "est possible"
et cela ne nous appauvrirait en rien, au contraire puisqu'il permettrait de
développer une production écologiquement orientée en créant des emplois. C'est
maintenant aux techniciens de la monnaie et aux économistes de proposer un
"schéma pratique". Mais il est évident qu'il ne sert à rien d'un coté d'aider
ces pays pauvres par une action telle que celle ci tout en les étranglant d'un
autre en leur réclamant une dette et les intérêts qu'ils ne peuvent payer sans
des sacrifices que nous n'oserions surement pas demander à nos propres
populations.
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8 - Les mythes du déficit public
Extrait du blog " econoclaste"
http://econoclaste.fr.st.free.fr/blog/html/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=10407/03/05
A
peine installé dans ses nouveaux meubles, T. Breton s'est empressé de se lancer
dans le mélange de mantra et de démagogie qui caractérise tout ministre des
finances qui se respecte : il va relancer la croissance, chercher à réduire le
chômage, préserver le pouvoir d'achat, baisser l'impôt sur le revenu, et bien
entendu, réduire les déficits et l'endettement public. Dans l'essentiel de ces
domaines, le gouvernement n'a en pratique aucun pouvoir, il s'agit donc là
encore de pur brassage de vent. En matière d'impôt sur le revenu, même si
celui-ci est baissé, cela n'aura aucun effet en pratique : d'autres impôts, ou
l'endettement public, augmenteront en compensation. Il s'agit donc de transferts
de charges, pas de baisses d'impôts.
Et en matière de déficit? le contrôle du
déficit, bien que critiqué, reste considéré comme indispensable, même en faisant
abstraction des contraintes du pacte de stabilité. La majorité des critiques ne
veulent qu'un adoucissement du pacte. Mais rares sont ceux qui considèrent le
déficit public, son niveau, et la nécessité de sa réduction, comme totalement
vide de sens. Il est plus que nécessaire de démonter les mythes attachés au
niveau du déficit public.
Premier mythe : l'endettement public est une
mauvaise chose, un danger pour la "soutenabilité" des finances
publiques.En réalité, la dette n'est qu'un moyen de financer la
dépense publique, qui ne présente aucune différence avec un autre mode de
financement (et même plutôt des avantages). Pour le comprendre, considérons
l'exemple suivant (extrait de ce livre).
Considérons un individu qui charge
un agent de se charger de ses achats de vêtements. Pour cela, il confère le
droit à cet agent à la fois de décider du montant de ses achats, et du moyen de
financer cet achat. Supposons que l'agent décide d'acheter pour 100 euros de
vetements à l'individu. Le taux d'intérêt des prêts et emprunts est de 10%.
L'individu dispose d'un patrimoine de 1000 euros. Trois moyens de paiement
s'offrent : l'achat au comptant, l'achat à crédit remboursé au bout d'un an, et
l'achat à crédit dans lequel le crédit n'est jamais remboursé : il faut
simplement payer indéfiniment les intérêts.
- première solution, l'achat au
comptant. Il reste alors 900 à l'individu, qui pourra les placer et en retirer
un intérêt : au bout d'un an, sa fortune est de 990 euros + des vêtements.
-
seconde solution, l'achat à crédit d'un an : pendant un an, l'individu a détenu
1000 euros, qui lui ont rapporté des intérêts : il se retrouve donc avec 1100
euros à la fin de l'année. Il doit payer sa dette et les intérêts de celle-ci,
soit 100(1 + 10%) = 110; il lui reste donc 1100 - 110 = 990 + des
vêtements.
- troisième solution, l'emprunt perpétuel : l'individu détient
toujours 1100 euros au bout d'un an, d'où il déduit 10 euros d'intérêts. Mais il
s'est désormais engagé à payer chaque année 10 euros : pour cela, il doit geler
100 euros, ne pas les consommer, pour pouvoir indéfiniment payer les intérêts de
sa dette. Lui reste donc 1100 - 10 - 100 = 990 euros + des
vêtements.
L'individu peux trouver que la quantité de vêtements achetés
par son agent est trop élevée, ou trop faible : en tout cas, cet exemple montre
qu'il pas de raison de me préoccuper de la façon dont il finance cette dépense.
En remplaçant l'individu par l'ensemble des contribuables, et l'agent acheteur
de vêtements par l'Etat, ce modèle devient encore plus réaliste : car si un
individu mourra un jour, la population et l'Etat durent éternellement. D'autre
part, si pour un particulier il y a une différence entre taux de prêt et taux
d'emprunt (le second étant plus élevé que le premier), dans le cas de l'Etat et
des contribuables, ce problème tombe : le coût de la dette publique est
exactement égal à ce qu'elle peut rapporter à un individu qui achète des
obligations d'Etat.
Second Mythe : le chiffre du déficit public a une
signification.En réalité, il s'agit pour une économie dans son
ensemble de l'une des données les moins significatives. Le déficit,
rappelons-le, est la somme de consommation de ressources par le gouvernement, de
transferts (prélever sur Paul pour donner à Pierre), et d'intérêts de la dette,
d'où l'on déduit les recettes publiques (dont les prélèvements obligatoires).
Pour l'économie d'un pays, cette addition n'a aucun sens. En effet :
- les
intérêts de la dette ne constituent pas, pour l'essentiel, une charge pour la
population. Pour la population, la dette n'en est pas une puisque si elle
n'existait pas, il faudrait leur prélever des revenus sous forme d'impôts. Cette
économie réalisée par les contribuables constitue une forme d'épargne, car c'est
comme si nous n'avions pas eu à réaliser un montant de dépense égal à
l'endettement public. Les intérêts de la dette sont donc compensés par les
intérêts que rapporte ces revenus que les contribuables n'ont pas eu à
débourser. De la même façon, lorsqu'on affirme que chaque français doit
supporter une dette publique de 15 000 euros, on oublie premièrement que cette
dette est d'ores et déjà compensée : on oublie aussi qu'une bonne partie de
cette dette est détenue par les ménages français, il s'agit donc d'un simple
transfert.
- les produits s'échangent contre des produits, la dépense
publique n'est qu'un voile : une dépense publique consistant à consommer des
ressources réelles constitue une charge pour la population : ce sont autant de
facteurs de production qui auraient pu être utilisés autrement (ajoutons que la
valeur réelle de la production publique issue de cette consommation de ressource
n'est pas non plus prise en compte); par contre, un prélèvement (comme par
exemple le versement d'une pension de retraite à un fonctionnaire) ne réduit pas
la quantité de produits disponibles pour la population dans son ensemble.
-
les dettes sous-jacentes ne sont pas comptées. Lorsque l'Etat émet des titres,
il reçoit une certaine somme d'argent contre la promesse de la rembourser plus
des intérêts dans l'avenir : on appelle cela un endettement public. Lorsque
l'Etat s'engage à payer les retraites des salariés d'EDF et reçoit pour cela le
versement d'une soulte, l'opération est exactement la même : une perception
immédiate contre un engagement futur. Pourtant, dans le premier cas, l'émission
de titres est comptée comme déficit, dans le second cas, comme recette. De la
même façon, l'essentiel des engagements publics n'est pas pris en compte dans la
dette : les retraites futures des fonctionnaires, par exemple, ne sont pas
comptabilisées comme engagement. Faut-il croire que cette dette n'existe
pas?
- L'inflation réduit la dette publique (comme celle de toutes les
personnes endettées). La charge de la dette, de ce fait, est beaucoup plus
faible qu'elle n'appararaît.
- La main droite du gouvernement n'ignore pas ce
que fait sa main gauche : on peut toujours nous effrayer avec une composante du
déficit (les retraites sont en déficit, ou autres "trous de la sécurité
sociale"); en réalité, il s'agit de pures fictions comptables. Par exemple,
lorsque la Sécurité sociale est en "déficit", celui-ci est financé par émission
de titres, réductions d'autres dépenses, ou prélèvements fiscaux. Au bout du
compte l'opération est un ensemble de dépenses et de recettes publiques, que
l'on lie pour des raisons obscures. C'est comme si on affirmait que les recettes
de TVA servent uniquement à financer l'éducation nationale, que l'on fasse la
différence entre recettes de TVA et budget de l'EN, et qu'on s'inquiète
gravement du terrible problème du "déficit croissant de l'éducation
nationale".
Troisième Mythe : le déficit public est un
fardeau.Ce mythe présente diverses formes : parfois, on fera pleurer
dans les chaumières en annonçant que les générations futures seront criblées de
dettes; ou alors, que l'Etat exerce une "éviction" sur l'épargne nationale en
élevant par sa dette les taux d'intérêt.
- les générations futures hériteront
peut-être de notre endettement; mais elles hériteront aussi de notre épargne
accumulée, et de l'ensemble du patrimoine constitué avec celle-ci et avec les
dépenses publiques. On peut toujours dire qu'une partie de la dépense publique
actuelle ne "sert pas" aux générations futures : mais bien malin qui pourra dire
laquelle. D'autre part, les générations futures seront plus riches que nous :
les contribuables de dans 25 ans seront environ deux fois plus riches que les
contribuables actuels. Le déficit constitue un moyen de redistribution des
riches (les français de demain) vers les pauvres (les français d'aujourd'hui).
C'est une forme particulièrement juste de redistribution.
- l'endettement
public est aussi supposé faire monter les taux d'intérêt. Les études empiriques
ne montrent que rarement un effet conséquent de forts déficits publics sur les
taux d'intérêt dans un pays. La raison en est simple : l'endettement public est
en même temps un prêt aux contribuables, qui bénéficient de la dépense publique
sans avoir à la payer sous forme d'impôts immédiatement. En s'endettant, le
gouvernement emprunte à Paul, et lui accorde un prêt du même montant. Cette
opération peut être menée indéfiniment sans effet sur les taux d'intérêt. On l'a
bien vu lors du passage à l'euro : de nombreux pays (à commencer par la France)
ont atteint leur objectif à l'aide d'artifices comptables, voire de
dissimulation de dépenses (si tant est que cela ai un sens). En pratique, cela
n'a eu aucun effet sur les taux d'intérêt en Europe qui sont déterminés par
d'autres variables.
Pourquoi ces élements ne sont-ils que rarement pris
en compte, et pourquoi la mythologie du déficit survit-elle? Pour plusieurs
raisons. La première d'entre elles est une faute de logique, la fausse analogie
: un gouvernement, un pays, ne fonctionnent pas comme un ménage ou une
entreprise. Une entreprise, un ménage, qui s'endette, le fait auprès d'un tiers;
mais le gouvernement n'est pas séparé de la population de cette façon. Il y a
beaucoup d'irrationnel dans la perspective sur le déficit : La légende dit même
(d'après F. Lordon) que le chiffre des "3% du PIB" a été choisi par P. Beregovoy
en référence au "pire" atteint par les socialistes durant leurs errements de
1981-1983. Ce chiffre avait une dimension cathartique, symbolique : sa portée
économique est beaucoup, beaucoup plus discutable.
Mais la seconde raison est le caractère commode de la discussion
sur les déficits qui permet, en s'attachant à un débat totalement
dépourvu d'intérêt, de négliger les vrais problèmes
posés par les finances publiques. La dépense publique est-elle
utile, efficace, juste, correspond-elle à des besoins réels? L'impôt
est-il simple, peu distorsif? Le système fiscal est-il juste? la
redistribution fonctionne-t-elle de façon satisfaisante? N'y a t-il
pas des gaspillages publics? Tous ces aspects, qui permettent de juger l'action
concrète du gouvernement (car il peut agir sur ces variables-là ,
bien plus que sur le chômage ou sur la croissance), sont gommés
par la mythologie du déficit. Et pour les gouvernements français,
tout ce qui permet de dissimuler la réalité de l'action publique
est bon à prendre. Sinon, les citoyens pourraient demander des comptes,
ça ferait des histoires.
++++++++++
AJH